Maurice MAGRE (1877-1941) : Complainte de la Seine

Chanson mise en musique par Kurt Weill en 1934


Au fond de la Seine, il y a de l'or
Des bateaux rouillés, des bijoux, des armes…
Au fond de la Seine, il y a des morts.
Au fond de la Seine, il y a des larmes.

Au fond de la Seine, il y a des fleurs,
De vase et de boue elles sont nourries.
Au fond de la Seine, il y a des cœurs
Qui souffrirent trop pour vivre la vie.

Et puis les cailloux et des bêtes grises,
L'âme des égouts soufflant des poisons,
Des anneaux jetés par des incomprises,
Des pieds qu'une hélice a coupés du tronc.

Et les fruits maudits des ventres stériles,
Les blancs avortés que nul n'aima,
Les vomissements de la grande ville,
Au fond de la Seine il y a cela.

Ô Seine clémente où vont des cadavres
Au lit dont les draps sont faits de limon.
Fleuve des déchets sans fanal ni havre,
Chanteuse berçant la morgue et les ponts.

Accueille le pauvre, accueille la femme
Accueille l'ivrogne, accueille le fou,
Mêle leurs sanglots au bruit de tes larmes
Et porte leur cœur parmi les cailloux.

Au fond de la Seine, il y a de l'or,
Des bateaux rouillés, des bijoux, des armes…
Au fond de la Seine, il y a des morts.
Au fond de la Seine, il y a des larmes.