François MALAVAL (1627-1719) : Elévation en voyant une fontaine


Cette claire fontaine,
Coulant de veine en veine,
Vient du sein de la mer,
Et par d'autres canaux rejoint son centre cher.

Et d'où viens-tu, mon âme ?
Je me ravis, je pâme :
C'est de Dieu que tu viens,
Abîme-toi dans Dieu, l'océan de tes biens.

Comme cette eau, tu coules,
Comme cette eau, tu roules,
Mais par des sentiers faux.
Ainsi tu cours toujours sans trouver ton repos.

Qui rend cette eau si claire ?
Qui la rend salutaire ?
C'est qu'elle ne prend rien
Ni d'âpre ni d'amer des lieux dont elle vient.

Tel juste dans le monde
Est plus pur que cette onde,
Il laisse tout couler :
Jamais avec la terre on ne le voit mêler.

Va, belle eau, dans ta source,
Mais au bout de ta course,
Porte un tribut pour moi :
Rends à Dieu dans la mer l'hommage de ma foi.

Dis-lui dans ton murmure
Qu'il m'envoie une eau pure,
Et qu'au fort des travaux
Je me perde dans lui, comme toi dans ses flots.