Erri DE LUCA (né en 1950) : Fleuves de guerre - Fiumi di guerra


Devant les fontaines les vieux à la file,
les femmes le long du fleuve,
et l'air sifflotait de projectiles et d'éclats,
la fanfare des sièges, mêlée aux sirènes.
Danube, Save, Drina, Neretva, Miljacka, Bosna,
derniers fleuves de guerre du vingtième siècle,
les armées plantaient leurs crocs sur les rives, coupaient les jarrets des ponts,
lumières de la ville, Chaplin, les lumières de ces villes, étaient toutes éteintes.
D'autres mères à genoux puisent l'eau sur les berges,
après que la Volga a arrêté à Stalingrad la sixième armée de von Paulus
et l'a repoussée et poursuivie jusqu'au dernier pont sur la Sprée, noyant Berlin.
Des eaux d'Europe reflètent encore des incendies.
La Vistule au dégel éclairée par les flammes du ghetto :
ça ne pouvait suffire au vingtième siècle.
L'eau en Europe coûte à nouveau son équivalent en sang.


Alle fontanei vecchi allineati,
le donne lungo il fiume
e l'aria fischiettava di proiettili e schegge,
la banda musicale degli assedi, insieme alle sirene.
Danubio, Sava, Drina, Neretva, Miljacka, Bosna,
ultimi fiumi di guerra del millenovecento,
gli eserciti azzannavano le rive, sgarrettavano i ponti,
luci della città, Chaplin, le luci di quella città erano tutte spente.
Altre madri in ginocchio attingono alle rive,
dopo che il Volgafermò a Stalingrado la sesta armata di von Paulus
e la respinse indietro e l'inseguì fino all'ultimo ponte sulla Sprea, affogando Berlino.
Acque d'Europa specchiano ancora incendi.
La Vistola al disgelo illuminata dalle fiamme del ghetto:
non pioteva bastare al novecento.
L'acqua in Europa torna a costare l'equivalente in sangue.