Maurice Etienne LEGRAND, dit Franc-Nohain (1872-1934) : L'arrosoir et la pluie


Avec dédain et raillerie
La pluie
Regardait l'arrosoir joufflu s'époumoner
A donner
Aux pauvres salades flétries,
Aux petits pois atteints de la pépie,
Aux tristes fleurs du jardinet,
Une eau rapidement tarie.
– Le malheureux arrive à peine à les mouiller,
Dit-elle,
En dépit de son zèle,
Il n'a pas de sa tâche accompli la moitié :
Si moi-même
Je ne m'en mêle,
Ces plantes vont sécher sur pié,
Et vraiment c'est une pitié !... –
Aussitôt dit, la pluie, en trombe,
Tombe,
Tombe, et bientôt tout le jardin
Est transformé en flaques,
En lac,
N'est plus que rigoles,
Ravins,
Tant et tant elle dégringole ;
Fleurs, légumes, atteints par un même destin
Ne forment plus qu'un horrible mélange,
Et gisent noyés dans la fange ;
Et la pluie, encore et toujours,
Toute fière d'un si beau tour,
Tape sur l'arrosoir comme sur un tambour :
–  Voilà comme je suis, voilà comme j'arrose !...
Moi, je fais grandement les choses !... –  

L'excès en tout est un défaut :
On l'a dit avant moi, envers ainsi qu'en prose
; De l'eau,
Il en faut,
Mais pas trop,
Et le mal et le bien sortent des mêmes causes ;
Les dons heureux dont tu disposes
Ne vaudront que trouble et tourment,
Sans la mesure et le discernement.