Nérée BEAUCHEMIN (1850-1931) : L'eau de Pâques


Suivant la coutume locale,
Comme aux temps naïfs, les hameaux,
Dès que blanchit l'aube pascale,
Puisent, à plein vase, aux ruisseaux.

L'eau de Pâques est bienfaisante,
Pourvu qu'on aille la quérir,
Avant que le diable l'enchante :
Elle a la vertu de guérir.

Le ciel vernal, la lune blanche,
Dont les rayons se sont dissous
Au cristal qui coule et s'épanche,
Ont fait ce prodige pour nous.

Non. Pâques seul, avant matines,
Célébrant le rite prescrit,
Aux alléluias des collines,
Sur l'onde, a soufflé son esprit.

La fraîche légende rappelle
Les matins des siècles pieux
Où brillait, si pure et si belle,
L'âme enfantine des aïeux.

Elle évoque ce baptistère,
Ces fonts de baptême français,
D'où coule l'eau que rien n'altère,
Abondante et vive à jamais.