Un texte de la poétesse chilienne Gabriela Mistral (1889-1957), prix Nobel de littérature en 1945


LA LLUVIA LENTA

Esta agua medrosa y triste,
como un niño que padece,
antes de tocar la tierra
desfallece.

Quieto el árbol, quieto el viento,
¡ y en el silencio estupendo,
este fino llanto amargo
cayendo !

El cielo es como un inmenso
corazón que se abre, amargo.
No llueve : es un sangrar lento
y largo.

Dentro del hogar, los hombres
no sienten esta amargura,
¡ este envio de agua triste
de la altura !

Este largo y fatigante
descender de aguas vencidas,
¡ hacia la Tierra yacente
y transida !

Llueve…, y como un chacal trágico
la noche acecha en la sierra.
¿ Qué va a surgir, en la sombra,
de la Tierra ?

¿ Dormiréis, mientras afuera
cae, sufriendo, esta agua inerte,
esta agua letal, hermana
de la Muerte ?


LA PLUIE LENTE

Cette eau craintive et triste
comme un enfant qui souffre,
avant de toucher terre
défaille.

Calmes, l’arbre et le vent,
mais dans le pur silence
tombent ces larmes fines
amères !

Le ciel est un immense
cœur qui se fend, amer.
La pluie ? Long saignement
très lent !

Cette amertume, l’homme,
chez lui, ne la surprend,
cette eau triste qu’envoient
les hauteurs !

Cette longue et lassante
descente d’eaux vaincues,
vers la Terre qui gît
transie !

il pleut… Chacal tragique,
la nuit, dans la sierra.
Que va-t-il donc surgir
de la Terre ?

Dormirez-vous, si tombe
cette eau qui souffre, inerte,
cette eau létale, soeur
de la mort ?