Emile VERHAEREN (1855-1916) : La pluie

Les Plaines, Mercure de France, édit.


La pluie,
Sur les feuilles douces de mai,
La pluie,
Sur les gazons et sur les haies
Semble une amie
Qui visite les clos et les jardins vermeils,
Et bellement les réconforte,
Après chaque étreinte trop forte,
Des trop jeunes soleils.
Elle tombe, brusque et jolie,
Précède ou suit une embellie ;
Elle se hâte et dure peu ;
Elle est la sœur de la rosée,
Et ses larmes cristallisées
Mirent parfois tout Ie ciel bleu.
Un nuage la contient toute.
La lumière luit au travers
De son passage au long des routes ;
Les taillis frais, les fossés verts
Boivent ses eaux lustrales ;
Moineaux, bouvreuils, pinsons, avec leur bec mouillé,
Lissent tranquillement leur plumage souillé
Sur les branches d'un bouleau pâle ;
Le paysage entier semble se ranimer
Et longuement, là-bas, où le bois se recueille
On écoute le silence se parsemer
De mille bruits tintant gaiement de feuille en feuille.
Et les oiseaux, à l'unisson,
Se reprennent à leurs chansons
Dès que l'averse fuit et passe ;
Et doucement, dans le verger d'en face,
Un cerisier secoue au vent volant
Sa voûte :
Si bien que les dernières gouttes
Tombent en même temps
Que l'éparpillement de ses pétales blancs.