Lucien FREREJEAN (né en 1927) : Le dit de la Durance


Fille de l'Alpe au blanc manteau
La Durance un jour de colère
S'en vint rencontrer le Très Haut
Pour lui exposer ses misères.

« Non dit-elle, j'en ai assez
De cette infâme République
Qui au banc de la société
Me traite en fille publique,
Moi qui tout au long de mon cours
Distribue mes eaux généreuses
Et qui m'efforce avec amour
A rendre la vie plus heureuse.
Voyez Seigneur quel cas l'on fait
D'un des plus beaux cours de France
Qui pour prix de tous ses bienfaits
N'a jamais reçu récompense.
En quoi la Drôme ou bien le Gard,
L'Héraut, le Var, l'Aube ou l'Isère,
Ont-ils mérité plus d'égards
De la part de nos ministères ?
Qu'ai-je fait au gouvernement
Pour qu'il me fasse ainsi injure
Pour parmi ces départements
M'ôter de leur nomenclature ?
Moi pourtant soumise à ses lois
Il m'a traité comme une intruse
Préférant porter au pavois
Une source nommée Vaucluse ».

« Je reconnais, dit le Seigneur
Que l'on t'a porté préjudice
Et qu'on eu pu sans déshonneur
Récompenser mieux tes services.
Mais ce beau val dont tu médis
Méritais bien reconnaissance
Pour ce que là furent écrits
Les plus beaux sonnets de Provence,
Et que c'est un bien grand honneur
Qu'amant de France et d'Italie
Pétrarque a su avec bonheur
Unir Amour et Poésies.
Mais pour apaiser ton courroux
Comme on le fit pour Indre et Loire
Afin d'exalter ta mémoire
Je propose, qu'incontinent,
En notre beau pays de France
On donne à un département
Le nom de Vaucluse et Durance

« Seigneur je vous dis grand merci
Pour votre grande gentillesse
A compatir à mon souci
Et qu'enfin l'on me reconnaisse
Moi qui des hauts de Briançon
Sur des airs de vieilles romances
Jusque sous les murs d'Avignon
Fait chanter toute la Provence.