Louis FRECHETTE (1839-1908) : Le rapide


L'eau qui se précipite en énorme volume,
Heurtant l'angle des rocs sur leur base tremblants,
Avec de longs cris sourds roule en tourbillons blancs
C'est le fleuve qui prend sa course dans la brume.

Comme un cheval fougueux dont on saigne les flancs,
Il se cabre d'abord, puis court, bondit, écume,
Et va dans le lointain cacher son flot qui fume,
Sous le rocher sonore ou les grands bois ronflants.

De partout l'on entend monter des clameurs vagues ;
On voit de gros oiseaux pêcheurs suivre les vagues
De remous en remous, plongeant et tournoyant ;

Par un dernier effort cramponnés au rivage,
De vieux troncs rabougris penchent leur front sauvage,
Noirs fantômes, au bord de l'abîme aboyant.