Adolphe DUREAU DE LA MALLE (1777-1857) : Les Pyrénées

C'est sans doute la premier poème à tendance 'glaciologique' de cette série, communiqué par Simon Gascoin.


Si, sous d'affreux glaçons, les Alpes sourcilleuses
Sont de leurs monts géants justement orgueilleuses ;
Si ces monts, des grands lacs enfermant les berceaux,
Sont fiers de voir glisser en modestes ruisseaux,
De leur cime où l'hiver siège assis sur son trône,
L'éridan et le Rhin, le Danube et le Rhône,
Fleuves majestueux, qui, dans leurs cours divers
Sortant d'un même lieu vont grossir quatre mers,
Pyrêne épanche aussi de son urne féconde
L'aimable et frais Adour et la riche Gironde
Ses glaciers moins errants respectent ses moissons ;
Ses flancs sont tapissés de plus rares buissons ;
Près de ses hauts sommets le lys fleurit encore ;
Ses rocs ont plus d'éclat, un feu plus vif les dore ;
Sa verdure est plus fraîche et son ciel est plus pur ;
Ses bois, ses eaux, sont peints d'émeraude et d'azur.
(...)
Aussi malgré l'horreur de vos formes sauvages,
Je ne vous tairai point, glaciers des hauts vallons,
Qui, ceints du doux éclat dont Phébé peint les monts,
Ou reflétant du jour la couleur inégale,
Vous teignez de saphir d'améthyste ou d'opale.
Glaciers, d'affreux sillons en tous sens hérissés,
Qu'en leur vaste contour paraît avoir tracés,
Du séjour de l'érèbe au séjour du tonnerre
La main des fils du ciel ou des fils de la terre,
Qui passez en poli l'acier luisant et dur,
Qui passez en blancheur l'albâtre le plus pur :
Vous, pères des torrents, des rivières fécondes,
Qui sur l'émail des prés versez d'aimables ondes,
Qui des étés brûlants émoussez les ardeurs,
Et du chien dévorant endormez les fureurs,
Qui conservez les lacs, les ruisseaux, les fontaines,
La fraîcheur sur les monts, la tiédeur dans les plaines,
Sans qui nos champs, privés de leurs plus riches dons,
N'auraient ni fleurs, ni fruits, ni fleuves, ni moisson :
C'est vous qui nourrissez ces cascades fameuses
Où le torrent se courbe en voûtes écumeuses,
Roule en flocons de neige ou s'élance par bonds,
Court jaillit rejaillit sur la pente des monts,
Et s'ouvrant dans les airs des routes inconnues,
En des gouffres sans fond tombe du haut des nues.
Ce fleuve altier bientôt doux et tranquille et pur,
Fuit en nappe argentée ou glisse en lac d'azur,
Puis retombe et peignant sur ses vapeurs fumantes
L'art d'Iris nuancé de sept couleurs changeante,
Tantôt fier du cristal de ses flots écumants,
Tantôt brodé de perle ou ceint de diamants,
Sous le rocher qui gronde ou la forêt qui tremble,
Siffle, tonne, murmure, et mugit tout ensemble.