Paul FORT (1872-1960) : Loire en hiver, ô Loire jaune et triste


Loire en hiver, ô Loire jaune et triste, je vous ai vues, vous m'avez décidé : c'est près de vous que la parque sinistre bientôt tendra mon fuseau dévidé. Au petit jour rouge du fond des plaines qui, sur ce signe, entr'ouvrira les nues à ma pauvre âme, ô Loire triste et belle, qui la verrez monter vers l'inconnu. Vous convenez à la déb√Ęcle étrange d'une âme toute en souvenirs glacés qui se pressant, veulent se dépasser pour prendre chute en l'Abîme où tout change . Sur vos glaçons que le courant entraîne se laisse errer la corneille plaintive... Le gel du bord vous retient à la rive, mais vos glaçons croulent dans le soleil.