Jean-Claude OLIVRY dit Gabriel RIVOLY (né en 1941) : Nouveau voyage au Congo


A quand la pluie au Sahel ?
Ami, il est bien tard,
N'attends plus à Dakar ;
Pour un vrai retour à l'humide,
Rejoins les artères d'eau
Du bassin du Zaïre,
Sous l'Equateur
Et son trop plein liquide.

Toi que j'ai croisé anxieux,
Venu des crachins océaniques
Qui, au fond des fossés spongieux
Font jouir limaces lubriques,
Ecoute la pluie !

De la pluie qui pissote,
De la pluie qui glissote
Sur les feuilles vernissées.
Ecoute la vie !
De la vie qui sursaute,
De la vie qui grimpe, haute
Aux arbres de la forêt.

Lianes qui dévorent
Tous fûts élancés
Où s'accrochent épiphytes
Au creux de toute plaie,
Chancres et parasites
Violant l'écorce et l'aubier :
Les tripes de l'Afrique Centrale.

Baves et mucus de toutes faunes,
Traces et humus de toutes flores,
Déchets de toute espèce,
Dépouilles et restes de toute vie
Baignent d'acides humiques,
Pigments, phénols, produits aminés :
Le rein de l'Afrique humide.

Et tandis qu'en bas
Pourrissent limbes digérés,
Magie chlorophyllienne,
Branches et feuilles de la canopée,
Bronches au ciel des futaies
Rendent bouffées d'oxygène :
Le poumon de l'Afrique Equatoriale.

La forêt s'éponge, le sol s'essore,
Ses pores palpitent, l'air évapore ;
Aquifères et gites, réserves pleines,
Leurs capillaires saturent artères et veines ;
Des drains, l'eau suinte, coulotte,
Ruisselle, déborde, inonde :
Le cœur de l'Afrique profonde.

Au bord de l'eau dans ses capitales,
Salies, faciles et vaginales,
Crains de croiser les maîtres
De populations dépouillées
Dont le clan, la bourse féconde,
Ne jouis, n'éjacule qu'en Suisse :
Le pénis de l'Afrique spoliée.

Ami, dans ce « Voyage au Congo »
Tu m'as dit : « Je ne suis pas Marc,
Tu n'es pas André ; Gide aurait
Chanté modérato
Le cours lent des rivières nègres
Pas ramené tourné à l'aigre,
Etau de fonctions triviales,
Les chants de l'eau
De la forêt équatoriale »

Pardon pour lui, pardon pour toi !
Mais pour l'heure, je reste
Avec ma soif d'aujourd'hui
Et préfère aux « coca cola rivers »,
A « l'evergreen rain forest »,
La couleur du Ricard,
Voire celle d'un perroquet.