Adrien DE ROSSI (1333) : sonnet sur la crue de l'Arno du 3 novembre 1333

Un poème datant de 1333 qui avait été exhumé et traduit par un érudit florentin peu après la crue de 1910 à Paris.
Il s'agissait de consoler les parisiens par la poésie...


I.

Perchè non è mess'Arno nel tamburo,
c' ha fatto contra'l popol di Fiorenza
ed ha fiaccato per la sua potenza
pescaie e le mulina, e rotto 'l muro?

Per qualunque piú ferma fé ti giuro,
amico mio, ch' io ho questa credenza,
che tre proprietade in una essenza
ci purgheran del nostro viver scuro ;

onde che l'S e'l P in una fonte
in pace non berran, ma sempre in guerra
ciascun terrà le sue malizie pronte.

E questo è quel che tanto mal ci afferra ;
però preghiamo Dio de l'alto monte
che dal comune stato non ci atterra ;

o ci rimandi guerra si accesa
che ciascun si consumi dalla spesa.

II.

Acqua né fuoco né di gente assedio
non ci gastigan di crude' peccati
in che siam lungo tempo dimorati,
e dimoriam, senza vergogna o tedio.

Ma se dall'alto Dio il suo rimedio
non ispira la mente degli eirati,
un di ci veggio tutti profondati
corne dannati, de l'inferno in medio.

Perch' altro ch'a rubar non si contende
e vedove e pupilli e menpossente,
e per danar chi può l'un 1'altro vende,
non riguardando amico nè parente.

Ma io ne priego Que'che tutto intende
che non perdoni a chi non se ne pente !

III.

Dè facciasi cercar fin che si trovi
la pietra dov'egli è Marte intagliato,
e facciasi ripor nel luogo usato
per modo ch'Arno mai piú non la covi.

Ch' io ho sognato pericoli nuovi
per lui contra Firenze e del suo stato ;
ché mentre che non fia dissotterrato,
maggior fortuna converrà che provi

che quella d'Arno, che non fu da ciancia,
anzi fu si crudele e dolorosa,
ch'a molti fe'e fa doler la guancia.

Ancor sognai con questo un'altra cosa :
che se non si dirizza la bilancia
Firenze mai non istarà in posa.

Rimordati oggi mai la coscienza,
si che finisca in te ogni sentenza !


I.

Pourquoi contre Arno ne dépose-t-on plainte,
qui mal agit contre le peuple de Florence
et anéantit à force de violence
barrages et moulins et rompit l'enceinte ?

Je te fais serment par ma foi la plus sainte,
mon ami, que je garde cette croyance,
que trois propriétés dans une seule essence
nous feront payer cher cette vie de feinte ;

ce pourquoi l'S et le P à même source
en paix ne boiront plus, mais toujours en guerre
chacun tiendra prêtes ses malignes ressources.

De ceci vient que tant de mal nous enserre ;
donc prions que Dieu très-haut ne se courrouce
que point ne nous ôte l'état ordinaire ;

ou bien qu'il nous renvoie guerre si intense
que chacun se consume à force de dépense.

II.

Ni eau ni flamme ni les assauts des gens
ne nous corrigent de ces cruels péchés
en lesquels longtemps nous sommes demeurés,
et demeurons, sans avoir honte ou tourment.

Mais si d'en haut Dieu ou bien son châtiment
ne vient inspirer l'âme des dévoyés,
je nous vois quelque jour tous précipités
au milieu de l'Enfer damnés pareillement.

Car c'est pour tous la seule chose importante
que voler pauvres, veuves et leurs petits,
et qui le peut, de vendre son prochain tente,
n'ayant cure s'il lui est parent, ami.

Mais je prie Celui qui de tout a entente,
qu'il ne pardonne à qui ne s'est repenti.

III.

Qu'on cherche jusqu'à la trouver, il le faut,
la pierre où Mars par le ciseau fut sculpté,
et qu'au lieu habituel il soit reporté
afin que plus jamais ne le cache l'Arno.

Car j'ai rêvé que par lui dangers nouveaux
menacent Florence et sa prospérité ;
que tant que de sous terre on ne l'a ôté
elle devra éprouver bien d'autres maux

que les méfaits du fleuve, pas méfaits pour rire,
mais bien cruels et douloureux : ils sont cause
et le furent, que bien des joues durent cuire.

Avec ceci j'ai rêvé une autre chose :
que si à balance plus juste on ne mire,
Florence jamais ne connaƮtra plus de pause.

Que ta conscience ait enfin contrition
pour que cesse sur toi la condamnation !