Rabindranath TAGORE (1861-1941) : The Rainy Day - Jour de pluie


Sullen clouds are gathering fast over the black fringe of the forest.
O child, do not go out !
The palm trees in a row by the lake are smiting their heads against the dismal sky; the crows with their dragged wings are silent on the tamarind branches, and the eastern bank of the river is haunted by a deepening gloom.
Our cow is lowing loud, ties at the fence.
O child, wait here till I bring her into the stall.
Men have crowded into the flooded field to catch the fishes as they escape from the overflowing ponds; the rain-water is running in rills through the narrow lanes like a laughing boy who has run away from his mother to tease her.
Listen, someone is shouting for the boatman at the ford.
O child, the daylight is dim, and the crossing at the ferry is closed.
The sky seems to ride fast upon the madly rushing rain; the water in the river is loud and impatient; women have hastened home early from the Ganges with their filled pitchers.
The evening lamps must be made ready.
O child, do not go out !
The road to the market is desolate, the lane to the river is slippery. The wind is roaring and struggling among the bamboo branches like a wild beast tangled in a net.


De tristes nuages s'amoncellent rapidement au-dessus de la sombre lisière de la forêt !
Oh mon enfant, ne sors pas !
Les têtes des palmiers alignés au bord du lac rebondissent contre le ciel lugubre ; les corbeaux aux ailes éclaboussées se taisent sur les branches des tamarins et une ombre grandissante envahit la rive orientale du fleuve.
Attachée à la palissade, notre vache beugle bruyamment.
Mon enfant reste ici jusqu'à ce que je l'aie ramenée à l'étable.
Les hommes se pressent dans les prairies inondées, pour attraper les poissons qui franchissent les étangs débordés ; les ruisselets d'eau de pluie courent dans les sentiers étroits comme de petits mutins qui, pour la taquiner, ont échappé à leur mère.
Ecoute ! quelqu'un appelle le passeur au gué.
Oh mon enfant, il fait déjà sombre et le passage du fleuve est fermé.
Le ciel semble galoper rapidement sur la pluie qui s'abat follement, les eaux du fleuve bruissent avec impatience et les femmes sont revenues précipitamment du Gange avec leurs cruches pleines.
Il faut préparer les lampes pour la veillée.
Oh mon enfant, ne sors pas !
Le chemin du marché est désolé, le sentier près du fleuve est glissant, le vent rugit et se démène dans les cannes des bambous, comme une bête féroce prise dans un filet
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