Claude NOUGARO (1929-2004) : Une rivière des Corbières


On l'appelle le Verdouble
La rivière qui déroule
Ses méandres sur les pierres
La rivière des hautes Corbières

Toi le pêcheur en eau trouble
Elle n'est pas faite pour toi
Le moindre poisson te double
Et te glisse entre les doigts

Mais si tu aimes la chanson
De son hameçon
Elle te servira comme un échanson
Les flots fous, les flots flous
De ses fraîches flammes

Il scintille le Verdouble
Mais le cours de son argent
Ni les dollars, ni les roubles
Ne te le paieront comptant

Pas la peine que tu te mouilles
A percer ses coffres-forts
C'est dans l'œil de ses grenouilles
Que sont ses pépites d'or

Mais tu seras riche à millions de ronds dans l'eau
Il suffit d'un plongeon d'une gente dame
Et si tu bois le bouillon, pars à vau-l'eau
Noyé dans un baiser, ce n'est pas un drame

Ô, ô mon eau, ma belle eau, ma bonne eau
Fais-moi flotter en haut de ta divine ronde
Ô ô ô ô mon eau, radieuse radio
Passe-moi en canot stéréo sur tes ondes

Dans les gorges du Verdouble
Sur un lit de cailloux blancs
J'ai composé ces vers doubles
Que j'espère ressemblants

Si aux eaux de mon Verdouble
Tu préfères l'océan
C'est facile, tu les ouble
Tu les oublies simplement.