Les grandes familles d'eaux minérales françaises


La diversité de la composition chimique des eaux embouteillées est le reflet, en première approximation, de la nature des terrains traversés. Une première approche consiste à utiliser les teneurs en éléments majeurs dissous telles qu' elles figurent sur les étiquettes. Généralement sont indiqués quatre cations: calcium (Ca), magnésium (Mg), sodium (Na) et potassium (K) ainsi que quatre anions: chlorures (Cl), sulfates (SO4), bicarbonates ou hydrogénocarbonates (HCO3) et nitrates (NO3).

Les teneurs sont généralement exprimées en milligrammes par litre d'eau (mg/l) et parfois en milliéquivalents par litre d'eau (méq/l). Pour la conversion mg/l en méq/l on transforme d' abord les concentrations exprimées en mg/l en concentrations molaires exprimées en millimoles par litre d' eau (mmol/l). Par exemple:

Ca++ = 467 mg/l

Ca++ = (467 mg/l) / (40,1 mg/mmol) = 11,65 mmol/l

puis on effectue le produit de cette molarité par la charge de l' ion:

Ca++ = (11,65 mmol/l) * 2 = 23,29 méq/l

 

   

Limite de concentration des eaux
destinées à la consommation humaine
(décret 89-3)

 

mg/mmol

mg/l

méq/l

Ca++

40,1

---

---

Mg++

24,3

50

4,12

Na+

23,0

150

6,52

K+

39,1

12

0,31

Cl--

35,5

250

7,04

SO4--

96;1

250

5,20

HCO3-

61,0

610

10

NO3-

62,0

50

0,81

On réalise enfin la balance ionique. La somme, exprimée en méq/l, des cations doit être égale à celle des anions à mieux que 3%. Sinon on recherche soit une erreur analytique, soit un ion oublié..Par exemple pour la Contrex:

S des cations: 23,3 + 6,91 + 0,3 + 0,08 = 30,59 méq/l

S des anions: 0,20 + 24,82 + 6,18 = 31,20 méq/l

Soit une balance à 1%: 100* [ 30,59 - 31,20 ] / [ 30,59 + 31,30 ] = -1

Partons de l' eau minérale naturelle de CONTREXEVILLE dans les Vosges dont l'analyse est correcte. Les deux ions dominants sont SO4 et Ca. C'est une eau que l' on peut donc qualifier de sulfatée calcique.

L'aquifère est situé dans la couverture sédimentaire du massif granitique des Vosges. Les eaux d'infiltration dissolvent le gypse (CaSO42H2O) présent dans la matrice de l'aquifère triasique.

D'un point de vue thérapeutique, l'intérêt primordial de cette eau réside dans sa forte teneur en magnésium, dont les besoins sont imparfaitement couverts par l'alimentation occidentale. Par ailleurs, elle représente un apport en calcium qui peut constituer un substitut ou un appoint à une calcithérapie. Dans cette indication, sa consommation réalise à la fois apport calcique et dilution urinaire, ce qu'il est souvent difficile d'obtenir chez les personnes âgées traitées par calcium-médicament. En revanche, sa forte minéralisation globale et sa teneur élevée en sulfates la contre-indiquent chez le bébé. Ce n'est pas une eau du biberon.

Une seconde famille est constituée par les eaux bicarbonatées calciques représentée par l'eau minérale naturelle d' EVIAN (Haute Savoie) où dominent les ions HCO3 et Ca. L'eau d'infiltration, rendue agressive par la mise en solution du CO2 du sol, dissout la calcite ( CO3 Ca ) présent dans les sables et les graviers des formations glaciaires d'âge quaternaire.

Peu minéralisée, cette eau réalise un bon compromis entre les contraintes, parfois contradictoires, à respecter dans tout apport hydrique. Cet équilibre en fait l'eau de tous les âges,dès la naissance, et de toutes les situations pathologiques nécessitant une bonne hydratation.

Dans le Puy de Dôme l'eau minérale naturelle de VOLVIC, faiblement minéralisée, est de type oligominérale. A l'inverse des deux types précédents il n' y a pas dissolution de calcite ou de gypse mais altération de silicates, principaux minéraux des cendres et scories volcaniques constituant l'aquifère et mise en solution de cations ( Ca, Mg, Na,..).

Du fait de sa minéralisation extrêmement faible, c'est une eau sans réelle contre-indication. Elle sera préférée dans tous les cas, rares il est vrai, où est souhaitée une stricte restriction calcique.

Dans le bassin de VICHY ( Allier ) seule la source des Célestins est mise en bouteille. C'est une eau minérale naturelle que l'on peut classer dans la famille des carbogazeuses. Le gaz est essentiellement constitué de CO2 d'origine magmatique qui remonte par de profondes fractures thermales affectant le socle granitique où les eaux se chargent en Na,...

Les propriétés thérapeutiques de cette eau en font un complément intéressant chaque fois que l'on recherche une alcalinisation des urines. Cela est vrai en particulier en cas de lithiase urique (calculs réno-urinaires d'acide urique), et en association avec les traitements urico-éliminateurs. En revanche, sa forte teneur en sodium la contre-indique chez les cardiaques et les hypertendus, et d'une manière plus générale, chaque fois qu'une restriction sodée est souhaitée.

En définitive on peut définir:

Contexte géologique

Type d'eau

Rôle thérapeutique

Sédimentaire avec halite

Sédimentaire avec gypse

Sédimentaire avec calcite

chlorurée sodique

sulfatée calcique

bicarbonatée calcique

 

Cristallin ( granite, basalte,...)

oligominérale

 

Remontée de CO2 magmatique par faille

carbogazeuse

 

D'une manière générale, la meilleure eau est celle que l'on boit avec le plus de plaisir et en quantité suffisante, sous réserve du respect d'éventuelles contre-indications qui s'attachent aux "eaux extrêmes".

Consulter aussi l'article Eau minérale du dictionnaire du CNFSH


Page rédigée par Philippe OLIVE et Claude GERBOLET