Eutrophisation


Etymologie et histoire :

Dérivé de eutrophe (peu usité), empr. grec eutrophos,"bien nourri, nourrissant", du préfixe eu- "bien, dans de bonnes conditions" et de trophê, "nourriture" (cf. atrophie, hypertrophie...). L'eutrophisation, (mot attesté vers 1970) est donc le processus par lequel une étendue d'eau devient eutrophe et le résultat de ce processus.

Le mot "eutrophication" a été employé jusqu'en 1987 (voir définitions existantes) en même temps que "eutrophisation".


Définitions existantes :


Définition proposée :

Ensemble de processus bio-géochimiques lié à un enrichissement des eaux en éléments nutritifs. Cet enrichissement se traduit par l'accroissement des biomasses végétales et animales conduisant à l'appauvrissement critique des eaux en oxygène.


Commentaires :

L'accroissement des apports, en particulier en phosphore, facteur limitant le plus fréquent dans les lacs, a conduit à une eutrophisation accélérée qui se caractérise par une forte prolifération végétale (planctonique et littorale). Cette biomasse, composée en majeure partie d'éléments de grande taille peu consommables (algues coloniales ou filamenteuses parfois toxique, Cyanobactéries) n'est que partiellement recyclable via le réseau trophique : une grande partie va sédimenter.

L'augmentation de la matière organique sédimentée favorise la croissance des bactéries hétérotrophes qui consomment de l'oxygène en dégradant les composés organiques. Une charge excessive et une température élevée (durant l'été en région tempérée) aboutissent à une désoxygénation des eaux profondes et à une minéralisation partielle des substances organiques. La durée et l'épaisseur de la couche anoxique dépend de la charge organique et de la température (agissant sur le métabolisme bactérien). Si la couche anoxique est assez épaisse, la désoxygénation conduit à une crise de fonctionnement, ou dystrophie, caractérisée par la production de méthane et d'hydrogène sulfuré avec prolifération de bactéries phototropes anoxygéniques ("malaigues" des lagunes méditerranéennes). En outre , une forte sédimentation des particules accélére le comblement des lacs.

L'arrêt ou la réduction des apports anthropiques stoppe ou ralentit le processus d'eutrophisation. Le phénomène est cependant irréversible tant que perdure la couche de sédiment où le phosphore est piégé.

C'est l'ensemble de ces processus qui constitue le phénomène d'eutrophisation et non la seule prolifération végétale qui n'en est que l'expression la plus visible.

Le mot "nutrient", terme anglais, souvent employé en français est impropre, on doit utiliser le mot "nutriment".


Typologie :

Valeurs limites, un peu arbitraires, des teneurs moyennes en phosphore proposées par l'OCDE respectivement pour les 5 catégories citées ci-avant : 0-4, 4-10, 10-35, 35-100, plus de 100 μg/l.


R. Pourriot, novembre 1996