Milieu et zone. Mise au point sémantique


MILIEU

Etymologie et histoire

De mi et lieu, lat. medius locus, "centre", medio loco "au centre, en position centrale", cf. aussi le neutre substantivé medium, "centre, milieu". A noter que le signifié "intermédiaire" de medius sera repris par le dérivé medianus (d'où le français moyen).

  1. Milieu "centre". Attesté dès le XIIIième (Bruno Latini), par opposition aux deux bouts, ou à devant et derrière, ou encore, au figuré (dès le XIVième) entre tel et tel extrême.
  2. Milieu "espace ou élément environnant". Représente l'introduction du populaire milieu 1 dans le langage scientifique, en tant qu'équivalent français du latin savant médiéval medium, par lequel les commentateurs d'Aristote (notamment Thomas d'Aquin) traduisaient le grec to meson , "ce qui est au milieu" ou to di'on, "ce à travers quoi" du philosophe (Physique, IV,8,215), c'est à dire l'élément (air, eau) que traverse un corps. Cette nouvelle acception de milieu apparait dans la première partie du XVIIè chez les physiciens: dans des textes de Mersenne sur la transmission du son (1636) et de Descartes (Traité de la lumière, écrit vers 1632 et autres écrits et lettres depuis 1639). Un peu plus tard, Newton appelera ether le medium ambians universel (traduit par Coste milieu ambiant dans sa version fr. des Optiks de Newton). D'où la définition plus générale que d'Alembert donne, dans l'Encyclopédie, du mot milieu : "espace naturel dans lequel un corps est placé, qu'il se meuve ou non". Le mot va connaitre, au début du XIXè un développement sémantique d'une importance capitale en s'étendant de la physique à la biologie, quand les naturalistes concevront le milieu non seulement comme "environnant" mais encore comme "influençant" l'être vivant. Ainsi Lamarck dès 1800 et surtout dans sa Philosophie zoologique (1809): "le milieu ayant une grande puissance pour modifier les organes" (I,6). Et aussi Théodore de Saussure, en 1804, dans ses célébres Recherches chimiques sur la végétation, en particulier dans le chapitre 6 intitutlé "De la végétation dans les milieux dépourvus de gaz oxygène". Par la suite, Geoffroy Saint Hilaire, Cuvier etc.. reprendront le mot, qui finira par passer de la biologie à la sociologie (A.Comte), fleurira dans la littérature (Balzac, Taine, Zola etc..) et en général dans toutes les sciences humaines, au point d'être aujourd'hui indispensable. Mais ce dernier développement n'intéresse pas directement les sciences de l'eau...

ZONE

Etymologie et histoire

Emprunté au grec zônê, proprement "ceinture", repris par le latin zona, tous deux employés déjà par les astronomes et les géographes de l'Antiquité pour désigner, par analogie, les cinq divisions en bandes paralléles du globe terrestre, deux glaciales, deux tempérées et une torride (cf. Virgile, Georgiques, I, vers 232). Attesté dans ce sens en français dès le XIIè (Philippe de Thaon), cf. aussi Rabelais (IV,1) employant ceinture ardente, glosé dans la Briève Declaration par zone torride. Au XIVè, Oresme fait mention de zones de la sphère céleste correspondant aux cinq zones terrestres. Du XVIième au XVIIIième, le mot prend un sens plus étendu: "terrain, région, domaine limité présentant un caractère propre" (ex. zones sablommeuses chez Bernadin de Saint-Pierre, Etudes de la Nature, I, p.285). D'où les emplois modernes très fréquents dans le vocabulaire de l'administration et de l'urbanisme, pour désigner une portion de territoire pourvue d'un statut particulier.

Remarque

Ce terme d'origine savante fait aujourd'hui partie du vocabulaire courant,ce qui, comme il arrive pour la plupart des mots de ce genre, ne manque pas de poser des problèmes quand il est usité dans des ouvrages scientifiques. Ainsi, en hydrologie, certains emplois criticables mais passés dans l'usage: milieu poreux, aquatique, fissuré, tempéré, zone saturée, non saturée... Il serait souhaitable que le mot "zone" se référe à un espace à deux dimensions, soigneusement localisé, délimité et caractérisé, et non à un milieu complexe à trois dimensions, aux limites difficiles à déterminer exactement: tel ou tel corps ou être baigne dans un milieu et non dans une zone. Disons, pour recourir à une métaphore familière, que plonger n'est pas surfer...


H. Cottez novembre 1997