Réseau hydrographique


Etymologie & Histoire

Dér ; (suffixe –eau) de l’ancien français reis, rez (cf. moderne rets), du latin retis " filet " (classique rete, génitif retis), employé surtout au pluriel retes. Attesté dès le XIIème siècle au sens de " petit filet de pêche, de chasse ". Au XVIème, " tissu en forme de filet ". Par analogie, employé en anatomie (XVIIIème, réseau vasculaire, nerveux), en physique (1629), en communication (chemin de fer, 1842) ; télégraphie, 1849, etc…), en hydrologie (1856, Paramelle : " …supposer qu’il y a sous terre un vaste réseau de fleuves, de rivières, de ruisseaux et de filets d’eau qui se ramifient à l’infini… ". Nombreux emplois figurés, courants aujourd’hui.

Réf. : J.Verne, 1874 dans " l’Ile mystérieuse  ", p.289

"  Enfance et jeunesse d’un réseau hydrographique " (Lapparent, 1896, p.2)


Définitions existantes


Définition proposée

Ensemble hiérarchisé et structuré des chenaux qui assurent le drainage superficiel, permanent ou temporaire, d’un bassin versant ou d’une région donnée.


Commentaires – Typologie

La hiérarchie du réseau hydrographique se manifeste par l’importance croissante de ses éléments, depuis les ramifications originelles de l’amont dépourvues de tributaires (dites d’ordre 1 dans la classification de Horton-Strahler, (1952) jusqu’au collecteur principal. Le numéro d’ordre de celui-ci croît (ordre 2, ordres 3, 4, 5 etc…) avec la taille du bassin, le nombre de tributaires et la densité du drainage. Des améliorations à cette méthode devenue " classique " ont été apportées pour accorder la progression des ordres sur l’artère principale et l’évolution du débit, d’amont en aval (Shreve, 1957 ; Scheidedegger, 1965).

Le réseau hydrographique est d’autant plus dense que le climat est plus humide, que les pluies sont plus abondantes, les pentes plus fortes, les roches ou formations superficielles moins perméables.

L’agencement des éléments du réseau dépend de la structure , de la géologie et du relief. Le dessin, varié, qui en résulte a une grande influence sur la propagation et la composition de l’onde de crue. On distingue ainsi un type de réseau arborescent, ou dentritique où la rivière reçoit plusieurs affluents, eux mêmes alimentés par leurs propres tributaires. Quand les branches convergent en patte d’oie vers un même point, le réseau est digité. Le réseau est penné ou en arête de poisson quand, à un axe principal, se raccordent des branches faisant avec lui un angle aigu ouvert vers l’amont. D’autres types sont encore distingués : radial, en paralléle, en treillis, en éventail …Il est rare que les réseaux hydrographiques des grands fleuves relèvent d’un seul type de structure. D’où l’idée de distinguer différentes échelles de bassins : par exemple, hauts bassins (rang 1 à 3), cours d’eau de taille moyenne (rang 4 à 6), grands cours d’eau (rang supérieur à 6), (Vannote et al., 1980). D’ailleurs, dans la dimension longitudinale des grands systèmes fluviaux, les morphologues et les écologues ont vérifié que le plus souvent, les éléments qui composent le réseau se succèdent par discontinuités et juxtapositions complexes plutôt que par liaisons insensibles entre secteurs homogènes (Amoros, Petts et al., 1993).

Les objets fractals (Mandelbrot, 1982 ;1989) présentent des propriétés d’autosimilarité, c’est à dire qu’une partie de l’objet est identique à l’objet complet. Cette propriété est observable dans les réseaux hydrographiques auxquels une dimension fractale peut être attribuée (dans le cas d’un réseau hydrographique, cette dimension est comprise entre 1, dimension d’une courbe rectifiable, et 2, dimension d’une surface). Des recherches ont été entreprises pour utiliser en modélisation cette caractéristique quantitative des bassins versants. Le caractère fractal reflète (sur une gamme d’échelles) une invariance d’échelle qui se traduit par des lois de puissance. Nous citerons la loi de Hack reliant (statistiquement) la longueur L (en km) d’un cours d’eau, à la surface A (en km²) de son bassin versant : L ~ 1.89 A**0.6

Le calcul d’indices hydromorphologiques permet de dégager des grandeurs significatives portant sur la hiérarchie, la densité et la structure des réseaux, et de définir des types d’organisation de l’écoulement utiles en modélisation hydrologique.

En dehors du cadre naturel des bassins versants et dans des espaces urbanisés, le réseau hydrographique inclut les canaux, plans et courants d'eau artificiels. Dans la région du Nord de la France, sans unité hydrologique, le " canal à grand gabarit " de Dunkerque à Valenciennes, relié aux grandes voies navigables de Belgique et du Bassin Parisien, réunit les petits cours d’eau et forme même l’artère maîtresse du réseau. Un autre cas, extrême, de réseau entièrement artificiel est celui du Canal de Provence, constitué de 250 km de canaux et de 3000 km de conduites, greffé sur le Verdon, affluent de la Durance.

Quelles que soient la taille d’un hydrosystème et la nature de ses limites, le réseau hydrographique peut être défini comme la partie conductrice superficielle de cet hydrosystème.


Monique DACHARRY, novembre 1999