DOCUMENTS ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.
BASSIN DU RHIN.
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Extrait d'un Mémoire sur la rectification du cours du Rhin depuis son débouché de la Suisse jusqu'à son entrée dans le grand-duché de Hesse-Darmstadt, par F. G. Tulla, colonel, directeur des ponts et chaussées du grand-duché de Bade1.

INTRODUCTION.

    Le Rhin est un des fleuves les plus remarquables d'Europe par le

Notes :

    1 Ce mémoire fut publié à Carlsruhe sous ce titre : Ueber die Rectification des Rheins, von seinem Austritt aus der Schweiz bis zu seinem Eintritt in Hessen. La traduction que nous en donnons a été insérée dans le Journal de la Société des sciences, agriculture et arts du département du Bas Rhin, ann. 1827, p. 5. - Le système préconisé par le directeur des ponts et chaussées du grand-duché de Bade fit éclater une guerre de principes entre les ingénieurs français et badois. " Du côté de l'Allemagne, dit M. l'ingénieur en chef Coumes (ouvrage cité, p. 29), un chef habile, exerçant une influence considérable sur l'administration du duché de Bade, avait posé les bases d'un projet général de rectification du Rhin, suivant lequel tout ce qui existait en fait d'ouvrages défensifs, était considéré comme non avenu ; il avait fait table rase, sur sa carte, et il avait figuré le tracé le plus droit possible, en tenant pour certain que la dépense totale afférente à l'ouverture du nouveau lit et à la protection des deux rives devait être rachetée amplement par les superficies liquides à transformer en terrains productifs, et par la sécurité donnée aux propriétés riveraines. Sa doctrine était d'ailleurs appuyée sur des considérations théoriques d'une grande force d'argumentation, et sur des exemples tirés du Rhin, ainsi que de plusieurs affluents sur lesquels il avait été à même d'exécuter des rectifications d'après ce système, tant en Suisse que dans le grand-duché de Bade. Du côté de la France, les ingénieurs expérimentés qui dirigeaient le service, tout en reconnaissant les avantages d'un accord parfait dans les tracés et dans la marche à suivre, n'avaient pas admis des préceptes aussi radicaux. Ils avaient présenté des objections tirées des règles de l'hydraulique, telles que les enseignaient les auteurs estimés ; ils citaient des faits observés sur le Rhin qui leur paraissaient favorables à leur manière de voir ; ils ne pouvaient croire que de brusques raccourcissements s'effectueraient sans une perturbation considérable de la vitesse, dangereuse surtout pendant les crues ; ils regardaient la nouvelle direction rectiligne comme plus difficile à maintenir que celle naturellement sinueuse, dont ils supposaient les parties concaves seules susceptibles d'exiger des travaux défensifs ; ils n'entendaient pas que les exemples tirés de la partie tranquille du fleuve traversant le Palatinat, pussent être invoqués au sujet du lit torrentiel sur le littoral de l'Alsace. L'administration supérieure ne statua pas dans ce grand différend ; les circonstances ne l'exigeaient pas, et les idées n'étaient pas suffisamment mûries. Elle continua d'approuver les travaux urgents en recommandant de nouveaux essais, comme celui du redressement exécuté avec succès devant Strasbourg ; mais les discussions se prolongèrent, car la matière y prêtait, et chacun demeurant ferme dans ses convictions, les choses se passèrent comme il suit : les Badois persistèrent dans leur tracé à peu près rectiligne, pour figurer la limite assignée à la rive droite du fleuve ; les Français subordonnèrent à des alignements fietifs, composes d'une suite de courbes alternativement concaves et convexes, les projets des ouvrages défensifs de la rive gauche. Il est aisé d'imaginer le désordre que devait produire, dans le lit du Rhin, l'exécution de travaux conçus de la sorte, ayant des directions souvent hostiles, laissant entre les deux rives des largeurs très-variables... La guerre de principes se traduisit donc en une guerre désastreuse sur le terrain, et cette guerre, combinée avec les inconvénients des ouvrages saillants durant les quinze années de 1815 à 1831, eut pour conséquence, pendant les crues extraordinaires de 1824 et 1831, la destruction de presque tous les travaux exécutés à grands frais et sans accord entre les deux rives. A dater de 1832, les relations entre les ingénieurs des deux rives se modifièrent d'une manière avantageuse au service... De 1833 à 1839, un grand pas était encore fait, car grâce aux relations officieuses des ingénieurs du Rhin des deux pays avec la commission des limites de la frontière entre la France et le grand-duché de Bade, la convention définitive de 1840 donnait les moyens pratiques d'éviter tout dommage réciproque en déclarant que désormais les travaux seraient dirigés sur chaque rive du Rhin, de manière à arriver successivement à la régularisation de son cours, d'après un tracé concerté entre les ingénieurs des deux États. "

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grand volume de ses eaux ; par son rapport avec les glaciers et presque tous les lacs de la Suisse ; à cause de ses chutes près de Schaffhouse et de Lauffenbourg, des changements de son cours dans les temps passés et présents, des inégalités de sa pente, de sa vitesse et de son lit, de l'étendue de la surface qu'il occupe dans son cours, et du terrain qui est actuellement sujet à ses inondations ; enfin, à cause de ses embouchures dans la mer et des avantages qu'il offre au flottage et à la navigation.
    Les rives de ce fleuve important ont dû être nécessairement peu à peu d'autant plus peuplées que tout le terrain situé dans l'étendue des inondations (on peut l'appeler la basse plaine du Rhin) consiste généralement dans un sol très-fertile, et qu'en outre la navigation a beaucoup facilité le commerce et les communications de tout genre entre les habitants riverains, dès leur premier établissement dans ces contrées.
    Mais les avantages que présentait l'habitation des bords du Rhin, ont aussi été, de tout temps, mêlés de grands désagréments, de

Notes :

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dangers et de peines ; beaucoup de villages ou d'habitations riveraines ont entièrement disparu dans le cours des siècles ; on a été obligé d'en reculer plusieurs du lieu de leur premier établissement, et quelques-uns se trouvent aujourd'hui déplacés d'une rive à l'autre par les changements du fleuve.
    Déjà dans les anciens temps, les habitants des rives du Rhin ont essayé de se défendre contre les ravages et les inondations de ce fleuve ; mais l'histoire des travaux du Rhin prouve que les mesures qu'on a prises n'ont pas donné des résultats qui aient été dans un rapport avantageux avec ce que l'on a dépensé.
    Les travaux du Rhin ont augmenté successivement avec le temps, et cette augmentation a été d'autant plus nécessaire que la population est devenue plus nombreuse, que par suite l'agriculture et l'industrie se sont perfectionnées, et que les maux, causés par le Rhin, se sont fait plus cruellement sentir.
    Mais on se borna généralement à ne porter remède que dans les endroits où le danger menaçait ; on n'a jamais rien fait pour donner peu à peu un cours régulier au fleuve, ni pour détruire de cette manière la cause du mal ; on n'a défendu contre les attaques du fleuve que quelques points de ses rives, et ces défenses n'ont pas toujours eu de succès : la plus grande partie du cours du Rhin est restée dans un état variable ; on fut obligé de déplacer des villages, de reculer des digues et d'abandonner souvent au fleuve les champs les plus fertiles.
    Par suite des changements qui ont eu lieu dans le cours du Rhin, surtout depuis la frontière de la Suisse jusqu'à l'embouchure de la Murg, la plupart des travaux défensifs ont été souvent détruits peu de temps après leur construction, soit parce que les attaques du fleuve sur les rives ont augmenté de force et de violence, soit parce que le courant avait changé de direction ; d'autres travaux sont devenus inutiles, parce que le fleuve s'en était éloigné ; d'autres encore, au lieu de garantir la rive, lui ont été funestes après que le fleuve eut pris une autre direction ; des points de cette rive, qui ont été longtemps à l'abri de tout danger, ont été attaqués avec violence, et l'on s'est vu souvent dans la nécessité de faire de nouveaux travaux, qui ont déjà eu, ou qui auront le même sort que les anciens, à moins qu'on ne fasse de grandes dépenses pour les conserver.

Notes :

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    Par les expériences que l'on a faites dans les anciens temps, et encore tout récemment à l'occasion des dernières crues, il a été prouvé que les moyens par lesquels on garantit la basse plaine du Rhin contre les inondations n'ont pas été suffisants, quoique de temps en temps les digues aient été exhaussées et renforcées : l'expérience a prouvé que les eaux de source ou de filtration ont augmenté dans les terrains bas, situés derrière les digues, au fur et à mesure que les eaux du Rhin sont devenues plus considérables, et il est certain que les eflets funestes de ces filtrations se sont étendus sensiblement avec le temps, et qu'il y a aujourd'hui, le long du Rhin, plus de terrain marécageux qu'à aucune autre époque.
    Si l'on voulait se garantir pour tous les temps contre les inondations du Rhin, en augmentant toujours les dimensions, et par conséquent la solidité des digues, plus l'exhaussement du lit du Rhin rendrait cette opération nécessaire, plus il faudrait dépenser de sommes considérables. Il en résulterait encore d'autres grands inconvénients : à l'époque d'une grande crue du Rhin, les habitants riverains seraient forcés de garder les digues et de continuer pendant bien plus longtemps que cela n'arrive aujourd'hui, les mesures de défense, qui sont toujours alarmantes et qui exigent souvent de grands efforts, même quand elles ne sont pas de longue durée ; ensuite il faut considérer que, lorsque des digues très-hautes viennent à être rompues par la force des eaux (et les digues les plus solides ne sont pas toujours à l'abri d'un pareil accident), le dommage qui en résulte est nécessairement plus grand que dans le cas où des digues moins hautes viennent à se rompre.
    Toutes les inondations qui ont eu lieu depuis quelques années dans le nord de l'Europe, et par suite desquelles des milliers d'habitants ont péri et un plus grand nombre sont réduits à la misère, ont prouvé d'une manière incontestable, à combien de dangers les pays situés sur les bords des fleuves et des mers sont exposés, quand leur sol est très-bas relativement au niveau des eaux voisines, et combien il est important de faire augmenter la hauteur respective du sol des pays et des terrains situés dans l'étendue ou dans le rayon des inondations des fleuves et des rivières.
    Lorsque ces pays sont cultivés et peuplés, un pareil exhaussement du sol n'est pas seulement lié à de nombreuses difficultés et à beaucoup de sacrifices (parce que cette opération ne pourrait être

Notes :

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exécutée qu'au moyen des eaux troubles et des inondations partielles), mais aussi on ne pourrait l'achever complètement que dans des espaces de temps très-grands ; il faudrait, selon les circonstances, quelquefois deux cents à trois cents ans, et souvent même davantage, pour effectuer l'exhaussement du sol jusqu'au degré nécessaire.
    Le même résultat que donnerait sur les bords des fleuves et des rivières l'exhaussement du sol, s'obtiendrait (et dans beaucoup de cas même dans l'espace de quelques années), si l'on faisait baisser le niveau des eaux.
    Il est évident qu'un pays ou terrain riverain est d'autant plus exposé aux chances des inondations, que le niveau du sol est plus bas, par rapport à celui des plus grandes ou des moyennes eaux du fleuve ou de la rivière ; il s'ensuit que le dommage qui peut résulter de cet état de choses sera moindre, si l'on exhausse le sol du terrain, ou si la hauteur relative des plus grandes ou des moyennes eaux du fleuve ou de la rivière est baissée de la même quantité de pieds et de pouces dont on aurait dû élever le sol.
    La mesure la plus efficace pour éloigner tous les maux qui résultent d'un niveau trop bas du sol, ou, ce qui revient au même, qui résultent de la trop grande élévation des eaux des fleuves au-dessus du sol des terrains riverains, c'est de faire baisser le niveau des fleuves et des rivières, qui, pendant leur hauteur moyenne, attaquent les rives, et qui, pendant les grandes eaux, deviennent dangereuses par les inondations.
    La grande hauteur des eaux d'un fleuve à l'époque d'une crue, et le niveau très-bas des terrains situés dans l'étendue des inondations, ont souvent été le résultat des travaux mêmes qu'on avait construits sur les rives, surtout de la manière dont on établissait les digues et d'après la méthode nuisible que l'on suivait généralement dans la culture des terrains riverains.
    La seule opération par laquelle on puisse s'opposer aux ravages des fleuves et en faire baisser le niveau, afin que les pertes causées par les inondations et par les glaces, lors d'une débâcle, soient moins considérables, ou que ces inconvénients disparaissent entièrement, consiste : à donner aux fleuves la direction la plus droite possible, à couper ou barrer les bras secondaires, à démolir les di-

Notes :

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gues dont la position est nuisible, etc. ; elle consiste, en un mot, à rectifier les fleuves.
    Toutes les rectifications qui ont déjà été exécutées sur des rivières et des fleuves, d'après des projets bien conçus, prouvent la vérité de cette assertion.
    Pour délivrer la ville de Rastadt des inondations qui l'avaient souvent endommagée, Charles-Frédéric fit creuser un canal au commencement de l'année 1780, et fit donner ainsi à la rivière de la Murg un cours régulier jusqu'à son embouchure dans le Rhin. Depuis cette époque la ville de Rastadt n'a plus souffert des inondations, excepté lors des dernières crues extraordinaires, où elle a été submergée par suite d'un événement particulier.
    Ceux qui connaissent les localités ne doutent point que l'état de la Murg ne se fût empiré, si son cours n'avait pas été rectifié.
    La ville de Mannheim avait été menacée par le cours du Necker ; pour éloigner le danger, le prince électeur Charles-Théodore fit donner, dans les années de 1790 à 1798, au moyen de coupures, une direction droite au Necker, qui, sur cette partie de son cours, depuis Feudenheim jusqu'à Mannheim, était très-irrégulier et plein de sinuosités.
    On ne peut disconvenir que, sans cette rectification du Necker, laquelle cependant n'est pas encore entièrement achevée, la ville de Mannheim et la route qui va de Mannheim à Seckenheim, auraient été constamment, à chaque crue ou à chaque débâcle, exposées et endommagées.
    Une autre rectification très-importante est celle de la Linth, en Suisse ; elle a été commencée en 1807, d'après un projet rédigé par l'auteur du présent Mémoire, et elle a été exécutée pour la plus grande partie en peu d'années.
    Par suite de cette rectification, qui s'étend sur une longueur de 5 lieues, et pour laquelle on a fait une dépense de près de 660,000 florins, le niveau du lac de Wallensée a été baissé jusqu'à présent de 7 pieds 1/2, et avec le temps il sera peut-être baissé de 8 pieds.
    Les villes de Wallenstadt et de Wesen ont été délivrées des inondations qui, avant la rectification de la Linth, y furent très-fréquentes, et qui, sans cette opération, seraient toujours devenues

Notes :

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plus considérables ; les marais et les terrains vaseux de cette contrée ont été desséchés et changés en terres productives.
    La baisse qu'on a effectuée sur le niveau du lac de Wallensée, a été surtout un très-grand bienfait pour la ville de Wallenstadt, où, dans la partie basse de la ville, les rez-de-chaussée n'étaient plus habitables. Dans plusieurs jardins attenants aux maisons, on vit croître des roseaux, et quand le lac était élevé, on s'embarquait par les croisées du premier étage.
    Il y a encore dans la Suisse quelques autres petites rectifications qui méritent d'être remarquées, par la raison qu'elles ont été exécutées sur des rivières très-rapides.
    L'état actuel et désavantageux du Rhin, depuis son débouché de la Suisse jusqu'à la frontière du grand-duché de Hesse, rend la rectification de ce fleuve très-nécessaire.
    Plus de 200,000 habitants qui peuplent les deux rives de la grande vallée du Rhin dans cette étendue, ont un intérêt direct à la rectification de ce fleuve ; le reste de la population des États riverains y est indirectement intéressé.
    Dans le grand-duché de Bade, il y a sur la rive droite du Rhin, depuis la Suisse jusqu'à la frontière du grand-duché de Hesse, huit villes, cent villages et huit fermes, dont trois villes, soixante-trois villages et trois fermes sont tout à fait hors du rayon des crues ; deux villes, vingt-sept villages et trois fermes sont en entier, et trois villes, dix villages et deux fermes en partie, situés dans l'étendue des inondations.
    La population dans les huit villes, cent villages et fermes mentionnés ci-dessus, est à peu près de 90,000 âmes. La prospérité de cette population dépend plus ou moins, et quelquefois en grande partie, de l'état du Rhin, en raison de l'étendue et de la situation des banlieues ou des terres qui en font partie, selon que les propriétés sont rapprochées ou éloignées du fleuve, selon qu'elles se trouvent exposées aux inondations, ou qu'elles sont hors de l'effet des crues, et, en cas d'inondation, suivant la hauteur respective du sol, par rapport au niveau du Rhin.
    On peut se convaincre entièrement combien il est urgent de rectifier le Rhin, quand on jette un regard attentif sur les diverses époques, quand on compare l'état actuel du Rhin et du pays situé dans l'étendue des inondations, ainsi que l'état plus fâcheux encore

Notes :

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qui doit s'ensuivre immanquablement, si l'on ne fait point de rectification, avec les avantages qu'une rectification complète du Rhin procurerait, en partie de suite, en partie à l'avenir, aux habitants des deux rives.
    L'utilité de la rectification du Rhin, sous le rapport des finances, pourra être démontrée, si l'on compare la différence des dépenses qui sont nécessaires pour les travaux du Rhin dans les deux hypothèses, qu'on exécute ou non la rectification, et si l'on compare par conséquent l'excédant des dépenses exigées par la rectification du Rhin, avec les avantages que l'on peut retirer de cette opération.
    Les descriptions et les données ci-après rapportées, vont prouver de la manière la plus évidente, que la rectification du Rhin est nécessaire, même sous le rapport des finances.

ART. 1er. - Longueur du cours du Rhin1.

    La longueur (le développement) du cours du Rhin est variable, selon que les courbures, les sinuosités du fleuve s'agrandissent, ou que son cours se raccourcit par suite des changements.

Notes :

    1 " Le développement de la partie navigable du cours du Rhin est, savoir :

kil.

kil.

De Bâle à la frontière française. ..... 2
De la frontière française à Strasbourg (pont de Kehl). ............ 137 198
De Strasbourg à
la frontière bavaroise. ....................
61
De la frontière bavaroise à Manuheim. ................................... 74 631
De Mannheim à Mayence. ............. 75
De Mayence à Cologne. ................ 184
De Cologne à la frontière prussienne 168
De la frontière prussienne à Rotterdam. ................................... 130
De Rotterdam à la mer (approximativement). ..................... 31

Total. ......

862

    " Ces longueurs ne sont qu'approximatives au delà de Mannheim ; elles se rapportent au cours du thalweg qui varie fréquemment, et dont le développement n'est pas non plus le même en temps de basses et de hautes eaux. Ainsi, par exemple, sur le littoral français, la longueur de 198 kilom. ou, plus exactement, de 197,752m, correspond à un mesurage pendant les basses eaux de janvier 1854, tandis que pendant les basses eaux du mois d'août suivant, la longueur du thalweg, était de 193 kilom. Autrefois, le développement était de 221,800m, dont 76,800m dans le département du Haut-Rhin et 145,000m dans celui du Bas-Rhin. Le tracé du lit actuellement régularisé est de 184 kilom. " (Grangez, Précis des voies navigables, etc., p. 513.)

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    Le développement du thalweg actuel dans la partie du Rhin non rectifié, et le développement de l'ancien thalweg dans les parties où l'on a déjà exécuté des coupures, est :

De Huningue à Kehl, de. .......... 31   lieues 1/4
De Kehl à Neubourg
(frontière bavaroise). ................
17 -
De Neubourg jusqu'à la frontière du grand-duché de Hesse. ....... 30 -
Donc, depuis Huningue jusqu'à
la frontière de Hesse. ..............
78   lieues 1/4

    Quand le Rhin sera rectifié, et qu'il aura une direction tantôt droite, tantôt légèrement courbée, la longueur de son cours sera :

De Huningue à Kehl, de. .......... 26   lieues 1/4
De Kehl à Neubourg. ............... 12 - 1/4
De Neubourg jusqu'à la frontière de Hesse. .............................. 16 - 1/4
La longueur du Rhin rectifié sera donc en tout de. .............. 55   lieues 1/4

    Le développement de son cours sera par conséquent diminué :

De Huningue à Kehl, de. .......... 5   lieues
De Kehl à Neubourg ................ 4 - 3/4
De Neubourg jusqu'à la frontière de Hesse. .............................. 13 - 1/4
Donc, en tout, le long du
grand-duché de Bade, de. ........
23   lieues.

ART. 2. - Pente du Rhin1.

    Avant que l'on eût exécuté quelques coupures près de Kehl, et celles de Neubourg à Schreck, coupures dont il sera encore parlé

Notes :

    1 " La pente des eaux est sujette à des variations en raison de l'irrégularité du lit. Elle est en moyenne de 0m,80 par kilomètre à l'origine du département du Bas-Rhin ; elle diminue jusqu' à 0m,65 auprès de Kehl, et décroît jusqu'à 0m,50 à l'aval. Les résultats moyens ne changent pas sensiblement avec la hauteur des eaux. La pente totale du Rhin sur le littoral français est, à quelques mètres près, égale à la hauteur totale de la flèche de la cathédrale de Strasbourg, et la pente, dans le département du Bas-Rhin, équivaut à peu près à la hauteur de la plate-forme de la cathédrale au-dessus du parvis. L'altitude ou le niveau au-dessus de la mer du zéro de l'échelle de Strasbourg est de 134m,836. " (Service des travaux du Rhin par M. l'ingénieur en chef Coumes, p. 12.) - M. l'ingénieur en chef Defontaine fait connaître les pentes détaillées du Rhin sur le littoral français dans le tableau no 1, annexé à sa Notice des travaux du Rhin (Annales des ponts et chaussées, ann. 1833, 2e semest.).

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à la suite de ce Mémoire, la pente du Rhin, à l'époque de sa hauteur moyenne, était :

Depuis Bâle jusqu'à
Huningue, de. ........................
11  pieds 1/2
De Huningue à Kehl. ............... 344 - 1/2
De Kehl à Neubourg. .............. 101 -
De Neubourg à Mannheim. ...... 54 -
De Mannheim jusqu'à
la frontière de Hesse. ..............
5

516   pieds.

    La pente totale du Rhin, depuis Bâle jusqu'au grand duché de Hesse, est donc de 516 pieds de Bade (10 pieds = 3 mètres).
    La pente la plus forte est entre Bâle et Huningue, où on la trouve de 15 pieds 1/2 par lieue.
    La pente moyenne, depuis Huningue jusqu'à Wittenweyer, sur une distance de près de 24 lieues, est de 12 pieds par lieue.
    Depuis les environs du ci-devant village de Dettenheim jusqu'à la frontière de la Hesse, sur une distance de près de 21 lieues, la pente du Rhin est presque uniforme et donne en terme moyen 15 pouces 1/2, ou un peu plus de 1 pied 1/2 par lieue.
    Le passage d'une pente aussi considérable que l'est celle du Rhin près de Bâle, à une autre qui n'en est que la huitième partie, n'a pas lieu d'après une progression régulière ; c'est surtout près de Kehl que la chute présente des anomalies, et que le niveau du fleuve et son lit sont considérablement plus hauts, par rapport à d'autres points en amont et en aval de Kehl.
    Cet exhaussement, qui saute aux yeux, quand on voit le nivellement de tout le Rhin, ne peut avoir été formé que peu à peu, et dans un très grand espace de temps ; l'origine de cet exhaussement date peut-être de plusieurs siècles.
    Lorsque le Rhin sera rectifié, le fleuve se creusera un lit plus profond, et son niveau baissera tellement que, depuis Huningue jusqu'à Schreck, sur une distance de 43 lieues, on pourra se passer entièrement des digues du Rhin.
    Le long de la frontière française, depuis Gros-Kembs jusqu'à Lauterbourg, les plus hautes eaux, après la rectification, ne s'élèveront guère sensiblement au-dessus du niveau des plus basses eaux actuelles, et près de Kehl, les plus hautes eaux resteront peut-être encore 8 à 10 pieds au-dessous des basses eaux d'aujourd'hui.

Notes :

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    Comme les rivières qui ont leur embouchure dans le Rhin, creuseront naturellement leur lit plus en profondeur, dans la même proportion que le Rhin va approfondir le sien, on pourra également, jusqu'à une distance considérable du Rhin, se dispenser d'avoir des digues le long de ces rivières.
    La rectification du Rhin est d'un intérêt majeur pour les environs des villes de Strasbourg et de Kehl, parce que la réunion du Rhin avec quelques rivières très-considérables y augmente de beaucoup les inconvénients des crues, tandis que par la rectification du Rhin, il sera facile de diriger à volonté, partout où on le jugera convenable, les eaux de la Kintzig sur la rive droite, et celles de l'Ill sur la rive gauche.
    Outre les courbures ou sinuosités nuisibles qui existent dans le Rhin, le long de la frontière entre la Bavière et le grand-duché de Bade, on en trouve encore de semblables près de Lampertheim et entre Rheintürckheim et Oppenheim, dans le grand-duché de Hesse.
    Il serait très-important que les sinuosités que fait le Rhin en traversant le grand-duché de Hesse, fussent aussi redressées au moyen de coupures, puisque, par la rectification du Rhin dans la partie supérieure de son cours, la masse des eaux en temps de crues sera plus grande dans la partie inférieure, et que par conséquent tous les inconvénients qui résultent des crues, y doivent augmenter ; tandis que les raccourcissements considérables que l'on obtient par des coupures dans le développement d'un fleuve, rendent au contraire l'écoulement des eaux plus facile, et diminuent par conséquent, ou font disparaître entièrement, les inconvénients qui résulteraient d'une augmentation de la masse des eaux. En tout cas, il faut considérer que le niveau des eaux moyennes du Rhin serait baissé considérablement par les coupures mentionnées ci-dessus, et que par conséquent les terres dans l'intérieur du pays pourraient être desséchées d'autant plus facilement.
    Si l'on fait la rectification du Rhin dans le grand-duché de Hesse, il est très-probable qu'on n'aura plus besoin de digues jusqu'à la hauteur de Spire, en descendant le Rhin.

ART. 3. - Différence dans la hauteur du Rhin à l'époque des crues des eaux moyennes et à l'époque des plus basses eaux.

La différence de hauteur des plus grandes et des plus basses eaux

Notes :

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d'un fleuve, dépend de la quantité d'eau, de la pente, de la forme du profil, etc.
    Dans un fleuve variable, cette différence est également sujette à de légères variations.
    La plus grande différence dans la hauteur du Rhin, aux époques des plus grandes et des plus basses eaux, se présente à Bâle et à Mannheim ; elle est de 20 pieds 1/3 au rhénomètre de Bâle, et de 23 pieds à celui de Mannheim.
    La plus petite différence de hauteur entre les plus grandes et les plus basses eaux se trouve dans les endroits où la pente est très-forte, où le fleuve est divisé en beaucoup de bras, et où ses eaux, pendant une crue, ne sont point resserrées par des digues ; la plus petite différence est de 12 à 13 pieds.
    Lorsque le profil du fleuve est presque régulier, la différence de hauteur des plus basses eaux et des eaux moyennes, est à peu près 1/3 de la différence de hauteur entre les moyennes et les plus grandes eaux.
    Par suite de la rectification du Rhin, la différence de hauteur des plus basses eaux et des plus grandes, qui est de 18 à 19 pieds près de Huningue, augmenterait de distance en distance jusqu'à Mannheim, où elle serait de 24 à 26 pieds, selon qu'on aurait fixé la largeur du Rhin rectifié et la distance des digues par rapport aux rives.

ART. 4. - Profondeur du Rhin1.

    Le Rhin, dans son état libre et irrégulier, n'a pas seulement une profondeur très-inégale dans les différentes parties de son cours, mais cette profondeur varie souvent sur les mêmes points, à mesure et en proportion des changements du lit.
    La plus petite profondeur dans le thalweg du Rhin se trouve entre

Notes :

    1 " La profondeur, durant les eaux basses, est d'environ 1m,50 ; elle atteint généralement 2m,50 au niveau moyen, 3m pendant les hautes eaux ordinaires, et 4 à 5m durant les crues. Cependant, lorsque le courant principal longe une anse, ou qu'il affecte une direction offensive contre une rive, ou qu'il rencontre des écueils ou des saillies, la profondeur devient beaucoup plus grande, et atteint, dans quelques cas, 14m. " (Coumes, ouvrag. cité, p. 12.) - V° Defontaine, § 18, Maximum et minimum de profondeur au-dessous de l'étiage.

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Huningue et Vieux-Brisach, où, pendant les plus basses eaux, elle n'est que de 2 pieds 1/2 à 3 pieds ; la plus grande profondeur, dans la même portion du lit, est de 12 à 15 pieds. En descendant, ces profondeurs augmentent successivement, de manière qu'entre Germersheim et Mannheim la plus petite profondeur est de 6 à 8 pieds, et la plus grande de 20 à 25 pieds.
    Près des rives concaves, la profondeur du Rhin est très-variable ; il y a eu des cas où elle a été de 70 à 80 pieds devant des épis de bordage ou d'autres travaux de défense construits sur les bords.
    La profondeur du Rhin rectifié dépend de la largeur que l'on donnera au nouveau lit ; en fixant cette largeur d'une manière tellement combinée qu'elle ne soit ni trop grande ni trop petite, le Rhin aura, après la rectification, à l'époque des plus basses eaux, une profondeur moyenne qui, dans la partie supérieure de son cours, sera un peu plus grande, et dans la partie inférieure, un peu moindre que sa plus petite profondeur actuelle.

ART. 5. - Largeur du Rhin1.

    La largeur du Rhin est à Bâle :

Pendant les plus hautes eaux, de 670   pieds.
Pendant les plus basses eaux, de 500 -

    Près de Huningue, elle est, pendant les plus grandes eaux, terme moyen, de 850 pieds. Mais cette largeur du Rhin augmente immédiatement au-dessous de Huningue, et elle s'étend presque jusqu'à 1100 pieds.
    Depuis Huningue jusqu'à la frontière de la Hesse, la largeur moyenne du grand Rhin, lorsque les eaux sont de niveau avec la hauteur du sol sur les bords, approche de 1330 pieds.

Notes :

    1 " La largeur du lit est extrêmement variable dans l'état naturel. Les eaux coulant à plein bord, c'est-à-dire remplissant le bras principal et tous les bras secondaires, occupaient une largeur moyenne de 900m dans le département du Bas-Rhin, d'après des mesures relevées sur la carte retraçant la situation des lieux avant la régularisation. Les hautes eaux, si elles n'étaient pas contenues par des digues, submergeraient environ 5 à 6 kilomètres de largeur de territoire ; mais la distance actuelle du lit délimité par ces digues, et qui se réduit sur quelques points à 260m, est en moyenne de 2,400m à l'amont de Strasbourg et de 1,700m à l'aval. " (Coumes, ouvrag. cité, p. 12.)

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    En examinant la largeur du Rhin dans différentes parties de son cours, on trouve qu'elle est :

Depuis Huningue jusqu'à Kehl,
de. ..........................................
1250   pieds.
De Kehl à Neubourg, de. ........... 1520 -
De Neubourg jusqu'à
la frontière de la Hesse, de. .......
1290 -

    La trop grande largeur du fleuve provient des bancs de gravier qui se trouvent dans son lit. On en peut conclure que l'on doit donner une largeur beaucoup moins considérable à un lit rectifié, dans lequel la vitesse est plus grande, où l'écoulement des eaux s'opère plus facilement, et qui par conséquent ne peut être obstrué par des bancs de gravier, etc.

ART. 6. - Vitesse du Rhin1.

    La vitesse du Rhin varie dans la même proportion que sa pente et sa profondeur, qui sont inégales et variables.
    A Bâle, la vitesse moyenne des plus grandes eaux du Rhin est à peu près de 14 pieds, et à Mannheim elle est près de 5 pieds par seconde.
    A l'époque des plus basses eaux, la vitesse du fleuve diminue à Bâle d'une quantité qui est un peu plus grande que la moitié de la vitesse ci-dessus, et à Mannheim elle diminue presque de la moitié.
    En général, la vitesse sera plus grande dans le lit rectifié du Rhin ; mais elle n'augmentera considérablement que dans les parties du cours du fleuve où le développement du thalweg aura été bien raccourci : la plus grande augmentation de la vitesse aura donc lieu le long de la frontière bavaroise.

ART. 7. - Volume d'eau du Rhin2.

    Le volume (la quantité, la masse) d'eau qui passe par le Rhin

Notes :

    1 " La vitesse dans le thalweg est d'environ 1m,50 aux basses eaux, 1m,80 pour les eaux moyennes, 2m,30 lors des hautes eaux ordinaires, et 2m,80 pendant les grandes crues. " (Coumes, ouvrag. cité, p. 13.) - V° Pour les vitesses détaillées du Rhin, Defontaine, §§ 16 et 17,

    2 " Le volume d'eau débité par seconde, suivant les divers états du fleuve, à Kehl, en face de Strasbourg, est de savoir : 341me pour les très-basses eaux 478me pour l'étiage ordinaire, 1,030me pour le niveau moyen, 3,684me pour la grande crue de 1851, et environ 4,500me pour la plus forte connue, celle de 1852. " (Coumes, ouvrag. cité, p. 14.) - V° Defontaine, § 32, Du volume d'eau par seconde, suivant les divers états du fleuve.

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dans une seconde de temps est, comme cela arrive pour toutes les rivières et tous les fleuves, très-inégal, selon que le Rhin est à la plus grande, ou à la moyenne, ou à la plus petite hauteur.
    D'après les observations et les calculs qu'on a faits, la masse d'eau qui passe à Bâle par le profil du Rhin, est :

Pendant les plus grandes eaux, de. ... 220,000 à 230,000   pieds cubes.
Pendant les eaux moyennes, de. ............ 31,000 à 33,000 -
Pendant les plus basses eaux, de. ... 12,000 à 13,000 -

       Il s'ensuit qu'à Bâle, la masse d'eau qui passe par le Rhin dans des espaces de temps égaux, est à peu près dix-huit fois plus grande à l'époque de la plus grande hauteur, que pendant la hauteur moyenne ; et qu'à l'époque de la hauteur moyenne, elle est à peu près 2 fois 1/2 plus grande qu'elle l'est pendant les eaux les plus basses.
    A Mannheim, il est difficile de déterminer la masse d'eau qui y passe par seconde pendant une crue, à moins qu'on ne la mesure directement ; mais en revanche, on y connaît mieux la masse d'eau pendant la moyenne et la plus petite hauteur du Rhin.
    La quantité d'eau qui passe à Mannheim dans une seconde, est :

Pendant les plus grandes eaux, à peu près de. .................... 200,000   pieds cubes.
A l'époque de la hauteur moyenne, de. . 43,000

-

Pendant les eaux les plus basses, qui sont très-rares, près de. ..... 18,500

-

    Donc la quantité d'eau qui passe par le Rhin à Mannheim pendant des portions de temps égales, a été jusqu'à présent 10 fois 4/5 plus grande à l'époque des crues, et 2 fois 1/3 plus grande pendant la hauteur moyenne, qu'elle ne l'est du temps des eaux les plus basses.
    Lorsque la rectification du Rhin sera entièrement achevée, la quantité d'eau qui doit passer par le profil du lit rectifié, ne différera de la quantité qui passe actuellement par le profil irrégulier du Rhin, que pendant les crues, et notamment pendant les plus

Notes :

page XLV

grandes ; mais pendant la hauteur moyenne, et pendant les eaux les plus basses, la quantité d'eau du Rhin sera la même qu'avant la rectification.
    Dans toutes les parties du cours du Rhin où le niveau du fleuve éprouvera une baisse très-considerable, l'augmentation de la quantité d'eau qui passe pendant les crues, ne doit point être prise en considération ; dans les parties inférieures, où cette baisse du niveau n'aura pas lieu, il faudra donner aux profils du fleuve les dimensions qu'exige la quantité d'eau augmentée, si toutefois on veut éviter que, par cette augmentation, les crues ne deviennent pas plus nuisibles qu'elles ne l'étaient avant la rectification.

ART. 8. - Lit du Rhin.

    Le lit du Rhin, qui est uniforme et régulier près de Huningue, se change à 3/4 de lieue en aval en celui d'un torrent ; il est un peu plus encaissé le long des montagnes depuis Istein jusqu'à Bellingen ; mais tout près et en aval de ce point, il reprend encore le caractère de torrent, et reste dans cet état jusqu'à la hauteur de Rhinau et de Wittenweyer, où le Rhin commence peu à peu à mieux former son lit, jusque vers l'embouchure de la Murg : c'est près de ce point seulement que le Rhin commence à être un fleuve tout formé.
    La quantité d'îles, grandes et petites, qui se trouvent dans le lit du Rhin supérieur, prouve combien ce fleuve est divisé dans cette partie de son cours.
    Il y a actuellement :

Depuis Huningue jusqu'au ban de Wittenweyer, en aval de Rhinau. . 1225   îles.
De Wittenweyer jusqu'à Kehl. ..... 404 -
De Kehl jusqu'à l'embouchure de la Murg. .................................... 526 -
Depuis l'embouchure de la Murg jusqu'à la frontière de la Hesse. .. 63 -

En tout. ......

2,218   îles.

    A cet égard, il faut cependant remarquer que l'on a tenu compte même de la plus petite portion de terrain que l'on a trouvé indiquée sur les cartes comme étant entourée d'eau.
    D'après un calcul approximatif, que l'on a également fait sur des cartes, la surface du lit du Rhin, en y comptant la surface de

Notes :

page XLVI

l'eau et celle des bancs de gravier dans le grand Rhin et dans les bras secondaires, a été trouvée (avant qu'on eût des coupures près de Kehl, et entre Neubourg et Schreck) égale à 59,000 arpents, mesure de Bade (1 arpent = 36/100 d'hectare).

ART. 9. - Étendue du terrain d'inondation.

    Tout le terrain situé dans le rayon des inondations du Rhin a dû son origine, sans exception, aux alluvions qui se sont formées peu à peu dans les vieux lits du fleuve ; les anciennes hautes rives (les berges, les anciennes laisses) qui marquent très-distinctement les limites entre lesquelles le Rhin étendit autrefois son cours, sont encore aujourd'hui les limites naturelles des inondations du Rhin.
    Sous le rapport de la qualité, le terrain qui est sujet aux inondations offre de grandes inégalités ; il repose généralement sur un fond de gravier, et à sa surface, il consiste en terre franche, très-fertile, en sable, en gravier ou en tourbe.
    Une grande partie de ce terrain serait meilleure, si, en le cultivant, on avait tâché de tirer plus de parti des alluvions ; et le plus fertile n'a pas encore pu être bien cultivé jusqu'à présent, parce que le niveau de son sol était trop bas par rapport aux eaux du Rhin.
    On trouve très-rarement, le long du Rhin, des irrigations artificielles, et cela par plusieurs raisons. Il est souvent difficile de faire les desséchements nécessaires ; ensuite c'est la variabilité de l'état du Rhin qui, jusqu'ici, a mis des obstacles à un système d'irrigation régulière ; quelquefois les habitants n'ont pas de goût pour ces sortes d'entreprises ; enfin, ce sont les moulins établis sur les rivières aboutissantes au Rhin, qui empêchent qu'on ne puisse tirer des courants d'eau tout le parti nécessaire pour une bonne irrigation.
    La surface du terrain situé dans l'étendue des inondations sur la rive droite du Rhin, contient :

Depuis Huningue jusqu'à Kehl 43,000 arpents.
De Kehl jusqu'à la frontière bavaroise près de Lauterbourg 48,000 -
Le long de cette frontière jusqu'à celle du grand-duché de Hesse 65,000 -
En tout 156,000 arpents.

Notes :

page XLVII

    On a donc sur la rive badoise, pour une lieue de développement de cours rectifié du Rhin, en terrain exposé aux inondations, terme moyen :

Sur la distance de Huningue à Kehl. .................................. 1,640   arpents.
De Kehl à Neubourg. ........... 3,920 -
De Neubourg jusqu'à la frontière de Hesse. .............. 3,880 -

Total. ...........

9,440   arpents.

    Il est très-probable que l'étendue des inondations sur la rive gauche, le long de la frontière française, est beaucoup plus grande que sur la rive badoise opposée.
    Par la rectification parfaite du Rhin, plus de 100,000 arpents, situés sur la rive droite de ce fleuve, seront entièrement soustraits aux inondations.
    Pour tous les terrains qui n'ont plus besoin d'envasement, et qui sont déjà cultivés pour la plus grande partie, il est très-avantageux qu'ils ne soient plus inondés ; quant aux autres terrains, auxquels les inondations seraient utiles, on pourra se servir des rivières qui ont leur embouchure dans le Rhin, ou tirer parti de ce fleuve même, pour établir sur ces terrains un système régulier d'irrigation.
    Par ces raisons, auxquelles il faut encore ajouter que les propriétés, leurs produits et les dépenses qu'on fera pour les améliorations seront garanties par la rectification, l'état de culture de tous les terrains dans la basse plaine du Rhin sera peu à peu considérablement amélioré, et dans quelques endroits cette culture pourra même être portée jusqu'à un degré extraordinaire de perfection.
    Lorsque le Rhin sera rectifié, il y aura le long de la frontière française 2/3, et le long de la frontière bavaroise 4/5 de la totalité du terrain situé actuellement dans l'étendue des inondations sur la rive droite, qui seront susceptibles d'être parfaitement cultivés, savoir :

Vis-à-vis de la France. ....... 60,000   arpents.
Et vis-à-vis de la Bavière. .... 50,000

-

En tout. .............

110,000   arpents.

    Le produit de tout ce terrain devra s'augmenter considérable-

Notes :

page XLVIII

ment, parce qu'il sera garanti contre les ravages et contre les inondations du fleuve ; les marais seront desséchés, et l'on aura toute faculté de faire des changements avantageux à l'état actuel de culture, par exemple, d'établir des irrigations régulières, de défricher les bois en certains endroits et d'en planter ailleurs, etc.

ART. 10. - Suites des grandes crues, des hautes eaux de longue durée et des débâcles.

    L'histoire du Rhin, à des époques plus ou moins éloignées, et les expériences faites dans les temps les plus récents, prouvent la force destructive des crues et des débâcles du Rhin.
    Il serait trop long de donner ici une description détaillée des événements les plus remarquables qui ont eu lieu sur le Rhin dans l'espace de cinquante ans ; aussi serait-il difficile d'évaluer les pertes qui ont été causées pendant ce temps : nous nous bornons par conséquent aux événements qui ont eu lieu depuis 1816.
    Les pertes que les habitants riverains ont essuyées dans les années 1816 et 1817, ont été estimées :

Dans le bailliage
de Carlsruhe, à. ..................
468,490   florins.
Dans le bailliage
de Philippsbourg, à. ............
178,064

-

En tout, à. .........

646,554   florins.

    On peut en conclure avec probabilité que toute la perte que les habitants riverains dans les bailliages d'Ettlingen, de Carlsruhe, de Philippsbourg, de Schwetzingen, de Mannheim et de Ladenbourg, qui se trouvent vis-à-vis de la frontière bavaroise, ont éprouvée, depuis 1816, par les crues du Rhin, doit surpasser de beaucoup la somme d'un million de florins, et que la perte totale, causée à toute la rive badoise, depuis 1816 jusqu'à présent, montera au moins à 2 millions de florins.
    D'après les états détaillés des dommages que les dernières crues des mois d'octobre et de novembre ont causés aux travaux du Rhin, le gouvernement badois sera dans le cas de faire une dépense de 350,000 florins, pour réparer les ouvrages détruits, pour reconstuire les digues qui ont été rompues, et pour renforcer celles que l'on a trouvées trop faibles.
    Nous remarquons ici que, dans la supposition que le Rhin sera

Notes :

page XLIX

rectifié, on a supprimé beaucoup d'ouvrages projetés dont le but était d'exhausser ou de renforcer des digues, et que la dépense pour ces réparations, évaluée d'abord à 688,000 florins, a été réduite à une somme de 338,000 florins.
    Ce sont non-seulement les grandes crues extraordinaires, mais aussi les hautes eaux ordinaires, quand elles durent longtemps, qui deviennent très-nuisibles, parce que les unes et les autres empêchent l'écoulement des eaux venant de l'intérieur des terres, et qu'elles occasionnent des eaux de source ou de filtration.
    C'est ainsi qu'en 1816 la plus grande partie de la banlieue de la commune de Liedolsheim a été inondée, sans qu'il y ait eu de rupture aux digues ni aux écluses.
    Les débâcles n'ont, depuis longtemps, causé de dégâts qu'aux constructions en fascines établies dans le fleuve ou sur ses bords ; mais beaucoup de digues ont été bien menacées, quoique aucune des dernières débâcles n'ait été très-forte ; et tant que le Rhin ne sera pas rectifié, les terrains et les villages situés dans la basse plaine ou dans l'étendue des inondations, seront toujours dans une position dangereuse chaque fois qu'il y aura une grande débâcle.

ART. 11. - Rectification du Rhin exécutée de Neubourg à Schreck.

    Pour faire disparaître d'une manière efficace les inconvénients qui résultaient du cours défectueux du Rhin entre le village de Neubourg (sur la rive gauche) et le ci-devant village de Detthenheim (rive droite), les gouvernements riverains de Bade et de Bavière sont convenus, en 1817, de donner au fleuve un cours régulier.
    A cet effet, on a creusé six coupures, qui ont ensemble une longueur totale de 28,280 pieds, ou d'un peu plus de 2 lieues, et par lesquelles le développement du Rhin, qui était de 5 lieues 3/4, a été réduit à 3 lieues 1/8, et par conséquent diminué de 2 lieues 5/8.
    Dans ce moment, le thalweg du fleuve se trouve déjà dans cinq de ces coupures, et il ne tardera pas à s'introduire dans la sixième, qui est la plus basse.
    Dans quatre de ces coupures, le vieux lit du fleuve s'est tellement encombré de gravier près des points d'intersection avec le nou-

Notes :

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veau lit, qu'il y est à sec, quand les eaux sont très-basses, et qu'alors il n'y a plus de courant d'eau dans le vieux lit.
    L'effet que ces coupures ont produit pendant des grandes eaux qui ont eu lieu depuis 1818, et surtout pendant les crues des mois d'octobre et de novembre 1825, a démontré d'un manière incontestable l'utilité de cette rectification.
    Quoique le nouveau lit du Rhin ne soit pas encore complètement formé sur toute sa longueur, cependant la plus grande hauteur du Rhin entre Daxland et Knielingen, sur la rive droite, et entre Hagenbach, Pfortz et Wœrth sur la rive gauche, a été de 5 pieds moindre qu'elle n'aurait été sans la rectification du Rhin.
    Cette différence de 5 pieds dans la hauteur, entre ce qu'elle a été effectivement et ce qu'elle aurait été sans les coupures, a diminué peu à peu depuis Daxland jusqu'aux environs d'Illingen en remontant, et depuis Knielingen, en descendant, jusqu'à l'embouchure de la dernière coupure, où la différence est devenue nulle.
    Si le niveau du Rhin n'avait pas été baissé (et cet abaissement n'aurait pas eu lieu dans l'ancien état du fleuve), il n'aurait pas été possible d'empêcher que des digues se rompissent sur la rive droite et sur la rive gauche ; toute la basse plaine du Rhin aurait été inondée, et les villages d'Au, de Würmersheim, de Neubourgweyer et la partie basse du village de Knielingen sur la rive droite, ainsi que les villages de Neubourg, de Hagenbach, de Pfortz, de Wœrth, de Neupfortz et de Leimersheim sur la rive gauche, auraient été submergés, ainsi que les villages situés un peu plus loin en aval, qui l'ont été.
    Dans les endroits où la baisse du niveau du Rhin a été la plus considérable, on aurait pu se dispenser de conserver les digues, si le Rhin n'était pas resté trop longtemps à une grande hauteur, et si, par suite, il n'y eût pas eu à craindre que les digues ne fussent trop ramollies par les eaux, auxquelles elles étaient constamment exposèes1......

Notes :

    1 Les articles 12 à 18 sont relatifs aux dépenses des travaux du Rhin dans les deux cas de la rectification et de la non-rectification, avec un aperçu comparatif de ces dépenses, et aux voies et moyens pour y faire face. Ces calculs sont établis pour la rive droite du Rhin, spécialement en ce qui concerne le grand duché de Bade.

page LI

Conclusion.

    Mais il y a encore plusieurs objets qu'on ne peut passer sous silence et dont on n'a point parlé jusqu'à présent, parce qu'ils ne sont pas dans la catégorie de ceux dont le prix puisse être exprimé en nombres, et qui cependant sont d'un certain poids quand il s'agit de décider la question de la rectification du Rhin.
    Avant tout, il faut mettre dans la balance la nécessité de pourvoir à la sûreté personnelle des habitants riverains, à celle de les délivrer du fardeau des travaux d'urgence dans les temps d'orages et dans la saison du froid et des pluies, de pourvoir aussi à la conservation de leurs habitations et de leur bétail.
    Sans la rectification du Rhin, chaque crue considérable jettera l'alarme dans les communes riveraines ; il sera impossible d'empêcher que, de temps en temps, les digues ne soient rompues, et que tantôt un village, tantôt un autre ne soit inondé avec toute sa banlieue. Non-seulement les marais ne disparaîtront pas, mais ils s'étendront encore davantage, et des terrains bas, qui, dans le temps, ont pu être cultivés, deviendront des marécages, parce que les eaux de source ou de filtration augmenteront, et que, de jour en jour, il sera plus difficile de les faire écouler.
    Les herbes malsaines des pâturages marécageux et les exhalaisons exerceront une influence chaque jour plus dangereuse sur la santé des habitants et sur la prospérité de leurs bestiaux.
    Quand finira l'accroissement de tous ces maux ? Celui-là seul peut répondre à cette question, qui sait apprécier les forces de la nature, et qui est familier avec le genre de travaux qu'il convient d'opposer à l'action des eaux du fleuve. La réponse sera toujours défavorable à un état irrégulier du lit du Rhin.
    Ce n'est pas exprimer une crainte mal fondée de dire que telle ou telle contrée disparaîtra un jour, si l'on ne prend des mesures efficaces ; car il ne s'agit pas seulement d'une durée limitée, de la vie d'un homme, mais d'un espace de temps incalculable.
    Dans beaucoup de contrées, les expériences de quarante ou cinquante années ont démontré que le fond du lit du Rhin s'est exhaussé, et que, par l'effet de cet exhaussement, on a été forcé d'élever et de renforcer les digues.

Notes :

page LII

    Quand le Rhin sera rectifié, tout changera le long de ce fleuve, le courage et l'activité des habitants riverains augmenteront à proportion que leurs habitations, leurs terres et leurs récoltes seront garanties contre les chances des corrosions ou des inondations du fleuve.
    Le climat, le long du Rhin, sera plus doux et plus agréable, et l'air y sera plus pur, parce que la surface qu'occupent les eaux du lit du fleuve doit être réduite par la rectification à presque un tiers de son étendue actuelle ; les marais disparaîtront, et les brouillards, qui ont été très-fréquents jusqu'à présent, diminueront naturellement dans la même proportion.
    Par la rectification du Rhin, l'écoulement des eaux des grandes et des petites rivières et des fossés qui ont leur embouchure dans ce fleuve, sera facilité, et l'on en tirera parti pour l'irrigation des prairies... Les prairies et les pâturages seront mis à sec ; la nourriture des bestiaux y gagnera en général, et surtout celle des chevaux en profitera beaucoup.
    Les villages situés dans la basse plaine du Rhin, et exposés jusqu'ici aux fréquentes inondations de ce fleuve, seront plus secs ; ils s'embelliront peu à peu ; les habitations seront plus saines, et les caves délivrées des eaux de source ; dans les environs de ces villages, les jardins s'enricheront de la culture des arbres fruitiers ; d'un village à l'autre on établira et on entretiendra de bons chemins, au moyen desquels les communications seront plus faciles...
    En prévoyant ces changements, dont l'état actuel du Rhin et de ses rives serait susceptible, l'auteur du présent mémoire s'est, pendant un espace de près de trente ans de service, toujours efforcé de bien étudier et de connaître toutes les propriétés du Rhin ; il a réfléchi sur les moyens par lesquels il serait possible d'éviter les pertes et d'amener le bien.
    Tant que le fleuve restera dans son état variable, on ne pourra atteindre que très-imparfaitement ce but ; si, au contraire, on veut que cette variabilité cesse, il n'y a qu'un seul moyen : c'est une rectification parfaite.

Notes :