Hydrocarbures


La production et la consommation d'hydrocarbures connaissent un développement extraordinaire. On a malheureusement omis jusqu'à présent d'accorder une attention suffisante à la récupération ou à l'élimination des hydrocarbures contenus dans les eaux résiduaires et on les retrouve pour une bonne part, dans le milieu naturel.

Les origines de leur présence dans les eaux sont multiples : rejets de produits pétroliers (garage, industrie pétrolière, navigation...), effluents des usines à gaz, fumées dont les particules sont entraînées par les eaux météoriques, etc...

La demande en oxygène de ces déchets est très importante et le problème posé par ce type de pollution est lié à la très grande stabilité de ces produits. Ils se dissolvent peu et se présentent généralement sous forme d'émulsion ou de surnageant. La constante de vitesse de la réaction d'oxydation biochimique de ces produits est beaucoup plus faible que celle constatée pour les eaux d'effluents urbains ce qui conduit, dans la comparaison précédente, à freiner la demande en oxygène sur un tronšon de rivière, mais, par contre, les effets de cette pollution sont malheureusement constatés sur une plus longue portion du cours d'eau. Les réactions qui se trouvent à la base des phénomènes d'autoépuration sont freinées par altération des processus de respiration des micro-organismes qui conduisent ces oxydations biologiques. Il peut s'ensuivre la destruction partielle ou complète de la flore conduisant les phénomènes d'auto-épuration de la rivière et ce, pour des doses de l'ordre de 10 mg/l. Les doses létales sur les poissons sont assez mal connues et dépendent du type d'hydrocarbure détecté.

Aussi longtemps que les hydrocarbures recouvrent la surface de l'eau d'une mince couche, ils contribuent à la modification des échanges gazeux avec l'atmosphère. Ce phénomène prend une importance particulière dans les zones calmes où le film peut s'étendre sur une grande surface et modifier la tension superficielle de l'eau. Parallèlement, ce film influe directement sur les réactions photosynthétiques ce qui a pour conséquence, outre la diminution du potentiel piscicole lié au développement de la flore aquatique, de freiner une source importante de production d'oxygène. La faune benthique est également pertrubée par dépôt au fond du lit de fines particules contaminées.

Il faut noter qu'une grande partie des hydrocarbures est prise en compte dans la mesure des substances extractibles au chloroforme.

Les effets de toxicité de ces produits sont, en grande part, liés aux additifs qui s'y trouvent mélangés ou aux éléments présents dans l'eau de la rivière. Par exemple, les hydrocarbures contribuent à accroître dans de fortes proportions la toxicité de produits tels que les pesticides qui peuvent se trouver présents dans le cours d'eau. Dans le cas d'huiles minérales on additionne des produits destinés à améliorer leurs qualités. Parmi ces additifs, on trouve des phénols, des amines aromatiques, des polyesters, etc... Certains d'entre eux sont toxiques en l'état, d'autres après utilisation réagissent pour donner des sous-produits parmi lesquels on trouve des péroxydes. Le rejet de certaines de ces huiles peut introduire des produits dangereux dans le milieu naturel.

Dans le cadre de l'approvisionnement en eau potable des agglomérations, les effets nocifs des hydrocarbures se manifestent aux niveaux:

Au point de vue de la santé de l'homme, il est pratiquement impossible de boire par inadvertance, une eau contenant suffisamment d'hydrocarbures pour que des effets toxiques puissent se présenter. A de telles concentrations, le goût et l'odeur de l'eau sont déjà très prononcés. Par exemple, une huile minérale peut être détectée par certaines personnes au seuil de 1 mg/l. L'essence minérale confère à l'eau un goût et une odeur à partir de 0,005 mg/l.

Seuils d'odeurs de divers produits pétroliers quand ils sont présents dans l'eau (en mg/l)
pétrole brut 0,1 à 0,5
pétrole raffiné 1 à 2
kérosène désodorisé 0,082
essence commerciale 0,005
essence avec additif 0,00005
mazout 0,22 à 0,5
fuel 0,3 à 0,6
gaz-oil (Diesel) 0,0005
lubrifiants 0,5 à 25
huile pour moteur 1

Il semblerait que les divergences qu'on peut constater ci-dessus entre les résultats proviennent de différences expérimentales et de la concentration des constituants mineurs ou des additifs. Dans le cas des eaux résiduaires industrielles et lorsqu'il s'agit d'hydrocarbures flottants, les teneurs se mesurent alors non plus en mg/l mais en mg/m². On peut utiliser pour l'élimination de ces hydrocarbures, des détergents, émulsifiants, gélifiants ou des absorbants solides. Parmi ces absorbants solides, on rencontre ceux à base de tourbe, bois, matières plastiques, caoutchouc, calcaires. Ces produits ne semblent pas capables d'abaisser la concentration en hydrocarbure en-dessous de 100 mg/m². Certains appareils équipés de pompes permettent de recueillir les films d'hydrocarbures sur les plans d'eau. Il faut noter l'apparition de nouveaux produits ou "bactéries anti-pétroles" qui sont actuellement à l'étude dans le cadre de la lutte contre la pollution marine.


Source : Brémond R. et Vuichard R. (1973) Paramètres de la qualité des eaux, Ministère de la protection de la nature et de l'environnement, SPEPE, Paris, 179 p.